Le « عقد الراية » (Aqd al-Raya) est l'une des traditions authentiques de la communauté druze. Voici ses origines :

▪️Le « عقد الراية » représente l'étape ultime de la réconciliation entre des parties en conflit, le plus souvent suite à un crime intentionnel, tel qu'un différend soudain menant à un meurtre, ou parfois dans des cas de vendetta, bien que cette pratique ait considérablement diminué grâce à l'existence des tribunaux et à la primauté du droit.

▪️Des médiateurs interviennent pour résoudre le conflit et le transformer d'une affaire sociale entre deux familles ou clans en une affaire de proximité. Le processus de médiation commence alors par apaiser les tensions et écarter l'idée de vendetta ou de représailles contre le coupable ou ses proches. Dans ce contexte, l'arme de la médiation réside dans l'action, la réaction et la répétition de ce processus. Parmi les facteurs facilitant la médiation, on note l'éloignement du coupable dans un lieu isolé pour éviter tout contact avec les deux parties, ou sa présence en prison.

▪️Les coutumes et traditions prévoient une rançon ou une compensation, telle que définie par l'usage, sans marchandage possible. Une fois l'accord conclu grâce au prestige des médiateurs, à la répétition de la médiation et à la présentation de solutions convaincantes, le respect et la gratitude envers ce sacrifice sont exprimés. Cette acceptation n'est pas considérée comme une faveur faite uniquement à la famille du coupable, mais à toute la société, car la paix en son sein est l'objectif ultime de la réconciliation.

▪️Lorsque la médiation aboutit à ce résultat, une date est fixée pour les procédures de réconciliation, c'est-à-dire pour le « عقد الراية ».

🔹Étapes du « عقد الراية »🔹

▪️Les parties et tous leurs proches sont invités à se rendre en un lieu précis ; la médiation sert de garantie pour la rencontre des deux camps à une date et un endroit convenus.

▪️Lorsque les deux parties se font face à une distance déterminée par le lieu, les médiateurs représentant la famille de la victime s'avancent au nom de la sécurité nationale, de la paix sociale et des décrets de Dieu Tout-Puissant qui a prédestiné ce qui est arrivé. Ils expriment leur soumission à la volonté divine et acceptent les conséquences matérielles et morales dictées par les traditions, tout en acceptant cette large assistance qui témoigne des cérémonies et proclame la réconciliation par le « عقد الراية ».

🔺La bannière (al-Raya) est un tissu blanc attaché à une lance. La lance est le symbole de la fierté et l'arme de défense de soi si nécessaire, tandis que le tissu blanc représente le document sur lequel sont inscrites les conditions et procédures convenues. Puisque cela était difficile dans un passé lointain, et même aujourd'hui, le document a été remplacé par une bannière blanche ; car si un document n'est signé que par deux personnes, la bannière est visible par toutes les parties. Fixer ce tissu et l'attacher à la lance signifie signer devant les personnes présentes en tant que témoins. Ce nœud sur la lance est noué à plusieurs reprises successivement par les proches, ainsi que par certains amis et le chef du clan de la famille du coupable.

▪️À ce moment, les médiateurs retournent vers l'autre camp en portant cette bannière blanche, signe de réconciliation. Ils appellent alors la famille de la victime à s'approcher à une distance suffisante pour que leur voix soit entendue par l'assistance, afin que la médiation annonce qu'ils ont accepté la réconciliation et pardonné le passé. On demande ensuite les garants : le « garant de l'accomplissement » (kafil wafa), qui garantit la compensation convenue (ce qui correspond aujourd'hui à l'abandon des poursuites personnelles devant les tribunaux, procédure qui n'existait pas auparavant).

▪️L'autre garant est le « garant de la protection » (kafil dafa), qui assure que l'autre partie ne réagira pas et ne rompra pas la réconciliation. Le garant de la protection est sollicité auprès de la famille de la victime, qu'il soit issu de leur clan, de l'extérieur, ou même parmi les médiateurs. Il est nommé nominativement, qu'il s'agisse d'une ou plusieurs personnes, tandis que le garant de l'accomplissement est demandé par la famille du coupable.

▪️Les médiateurs reviennent alors et demandent : "Les deux parties ont nommé leurs garants, les acceptez-vous ?"

▪️En cas d'accord, les garants s'avancent et disent : "Soyez témoins, ô gens d'honneur... invités et locaux... que ceux qui sont présents informent les absents... que la réconciliation a eu lieu dans le respect et le consentement... selon ce qui a été convenu."

▪️"Cela inclut tous les proches de la victime, présents ou absents, nés ou à naître", ce qui sert de garantie pour les générations futures.

▪️Les parties concernées, garants de la protection ou de l'accomplissement, répondent : "Nous avons accepté, et Dieu en est témoin", et les garants fixent alors la bannière.

▪️Ensuite, la bannière est remise à une personne à la voix forte pour qu'elle appelle et prenne les gens à témoin en disant : "Soyez témoins, ô gens d'honneur... présents et locaux... que les parties concernées (suivent des éloges traditionnels adressés à la famille de la victime) ont honoré leurs engagements (littéralement: blanchi leur visage)", il répète cette phrase trois fois, puis les médiateurs prennent la main de la famille du coupable, qui est souvent en prison ou exilé, pour qu'ils serrent la main à la famille de la victime.

▪️Enfin, tous les présents sont invités à la "Malha", le partage du pain et du sel, qui est une proclamation de paix, de sécurité et d'un nouveau départ.

🔹En cas de meurtre non intentionnel🔹

▪️La médiation procède comme indiqué précédemment, mais en raison de la répétition des incidents, les parties concernées abrègent parfois ces procédures car elles prennent beaucoup de temps et peuvent soulever des sensibilités lors du choix des garants. On se contente donc de la rencontre entre les deux parties et d'échanger des discours amicaux ; l'un dit accepter la réconciliation et pardonner à l'auteur, et l'autre camp exprime ses remerciements et son appréciation pour le sacrifice de la famille de la victime.

La photo ci-jointe date de la cérémonie de réconciliation (Aqd al-Raya) dans la ville de Jaramana dans les années 60, entre les familles Barakat et Karbaj, suite au décès accidentel du fils du Mukhtar Abu al-Nour, où le Mukhtar avait alors fait preuve de pardon et de réconciliation.