Préparé par le Dr Reem Mansour Al-Atrash
– Sultan bin Zauqan bin Mustafa bin Ismail Al-Atrash est né en 1888, dans la ville d'Al-Qurayya, gouvernorat de Soueïda, au sud de la Syrie, de parents appartenant à la famille Al-Atrash. Son père est Zauqan bin Mustafa bin Ismail II, et sa mère est Sheikha bint Mansour
bin Ismail II. Il était l'aîné de ses trois frères : Ali, Mustafa et Zaid, et il avait deux sœurs : Soumiya et Naayem. Il a été formé par son père, le moudjahid Cheikh Zauqan, aux arts de l'équitation, du tir, de la chasse et des arts martiaux. – Il a appris à lire et à écrire auprès de plusieurs enseignants et au « Kuttab », et a poursuivi ses études par des lectures personnelles.
– Il a vécu l'époque de la campagne de Sami Pacha al-Farouqi et a participé avec son père à la résistance contre l'armée turque le 1er octobre 1910 dans le village d'Al-Kafr, où il a fait preuve d'héroïsme, de qualités de leader et des attributs du cavalier arabe.
– Les Turcs ont exécuté son père, le regretté Zauqan Al-Atrash, ainsi qu'un certain nombre de leaders du Jabal lorsque les potences des patriotes arabes qui avaient résisté à l'occupation turque ont été dressées le 5 mars 1911, soit avant le Jour des Martyrs du 6 mai 1916. Cet événement a laissé une profonde empreinte en lui. Il s'est distingué par sa haine du colonialisme et des colonisateurs ; au lieu de chercher une vengeance personnelle, il s'est vengé du colonialisme avec l'esprit d'un leader exceptionnel.
– Il a été enrôlé dans l'armée dans la région des Balkans à la fin de 1910 et est retourné dans sa ville natale en 1912.
– Après son retour du service militaire, il a épousé la fille du Cheikh Ibrahim Abi Fakhr, de la ville de Najran, qui était la fille de sa tante, « Shuaa », prénommée « Turkiya ». Il a eu d'elle tous ses fils : Talal, Fawaz, Youssef et Jihad (tous décédés), ainsi que Mansour, Nasser et Talal. Quant aux filles : Ghazieh, Batla, Zakieh, Zumurrud, Nayfa, Aida et Muntaha.
– Il a répondu à l'appel de la Grande Révolte arabe dirigée par le Chérif Hussein, formant un groupe de patriotes arabes moudjahidines qui, sous la bannière arabe, ont pris la citadelle de Bosra al-Sham le 25 septembre 1918. Il a également dirigé la bataille des « collines Al-Mani » aux portes de Damas contre les occupants turcs et allemands. Il est entré dans la ville de Damas par le quartier de Midan les 29-30 septembre 1918 et a hissé le drapeau arabe sur le siège du gouvernement. Ce drapeau, cousu par les membres de sa famille, fut le premier drapeau arabe à flotter dans le ciel de Damas après 400 ans d'occupation. L'émir Fayçal est arrivé à Damas le 2 octobre 1918 et lui a conféré le titre de Pacha, un grade militaire. Sultan avait auparavant refusé ce même titre de la part des Turcs, le suspendant au cou de son chien pour exprimer son mépris pour un grade émanant du colonisateur.
– Sultan entretenait des relations privilégiées avec le roi Fayçal Ier, ainsi qu'avec son père, le Chérif Hussein, et d'autres dirigeants et leaders arabes.
– Il s'est précipité avec ses cavaliers pour secourir Youssef Al-Azmeh lors de la bataille de Maysaloun, atteignant la ville de Baraq, au sud de Damas, mais la bataille avait déjà été rapidement tranchée. Il a alors déclaré : « Perdre une bataille ne signifie pas se soumettre aux occupants. » C'est pourquoi il a envoyé un émissaire spécial, son compagnon, le futur martyr Hamad Al-Barbour, au roi Fayçal pour le convaincre de venir dans le Jabal al-Arab, d'y établir l'État arabe à Soueïda et de poursuivre la résistance contre l'occupation française. Il l'a rejoint à Bosra, puis à Jérusalem et Haïfa, mais le roi Fayçal a estimé que l'occasion était passée après être monté à bord du croiseur britannique à Haïfa pour son exil.
– Le leader Ibrahim Hananu a trouvé refuge auprès de Sultan Pacha Al-Atrash après la défaite de la révolution du Nord alors qu'il se rendait en Transjordanie ; Sultan lui a envoyé trois hommes pour l'escorter en sécurité jusqu'à Amman.
– Il y avait un conflit permanent entre Sultan et les Français, et il n'a manqué aucune occasion d'exprimer son désaccord quant à leur présence dans son pays. Sa première opportunité de se révolter contre eux fut lors de l'arrestation du moudjahid Adham Khanjar, accusé d'avoir tenté d'assassiner le général Gouraud sur la route de Quneitra avec l'aide du martyr Ahmad Mureid. Adham Khanjar était arrivé à Al-Qurayya pour demander protection alors que Sultan était absent. À son retour, Sultan et ses hommes sont sortis pour exiger la libération de leur hôte, et il a envoyé un télégramme de protestation au gouverneur du Jabal. Devant le refus, Sultan et ses compagnons ont attaqué les Français par les armes. Ce fut la bataille de « Tell al-Hadid » contre les blindés français qui ont pris la fuite face à ses cavaliers, après qu'ils en aient mis deux hors d'état de nuire et tué leurs équipages. Ce fut sa première révolte, qui dura neuf mois au cours de l'année 1922, par refus du colonialisme et pour perpétuer les traditions arabes ancestrales de protection et de préservation de l'hôte. Les Français l'ont condamné à mort et ont détruit sa maison à Al-Qurayya par bombardement aérien. Incapables de l'arrêter, et craignant l'expansion de la rébellion, ils ont négocié et émis une amnistie pour lui et son groupe. Après l'amnistie, Sultan n'a rien concédé de ses exigences : le retrait total de son pays unifié et son indépendance complète. Il n'a rien réduit de son activité pour renforcer les relations avec les patriotes à l'intérieur du pays.
– Il a mené la Grande Révolte syrienne en 1925, ralliant autour de lui les meilleurs moudjahidines de la nation et ses leaders les plus éminents dans un consensus national sans précédent, et a mené les batailles les plus nobles contre l'occupation française. Parmi elles :
– La « bataille d'Al-Kafr » le 23 juillet 1925, première bataille de la révolution, fut un affrontement éclair où la colonne française fut totalement anéantie, seuls quelques hommes survivant pour porter la nouvelle de la défaite à leur commandement à Soueïda.
– Après la proclamation de la révolution, Sultan Pacha Al-Atrash a publié le manifeste historique de la révolution, couronné par le slogan : « La religion est pour Dieu et la patrie pour tous ». Il y a appelé les Arabes en ces termes : « Aux armes ! Aux armes ! », exigeant l'unité du pays et la nomination d'un gouvernement populaire pour organiser des élections à une assemblée constituante afin d'élaborer une loi fondamentale basée sur le principe de la souveraineté absolue de la nation, la loi, la justice, la liberté et l'égalité. Cet appel a reçu un large écho dans le pays, après quoi Sultan a été élu commandant général des armées de la révolution nationale.
– La « bataille d'Al-Mazraa » a eu lieu les 2 et 3 août 1925, après que le colonialisme français eut déployé une grande campagne forte de plusieurs divisions équipées des armes les plus modernes de l'époque — avions, chars, artillerie lourde et mitrailleuses mortelles. Elle comptait treize mille soldats et officiers sous le commandement du général Michaud. Cependant, les révolutionnaires, au nombre de quatre cents, ont réussi à anéantir cette campagne dans l'une des batailles les plus nobles de l'histoire moderne, et le commandant de la campagne, le général Michaud, a fui en traînant derrière lui la honte et la défaite. Les nouvelles de la révolution et de ses victoires se sont répandues dans tout le pays et ont atteint l'Europe ; des journalistes allemands et autrichiens sont venus dans le Jabal pour constater les traces et les horreurs de la bataille.
Ainsi, la résistance s'est étendue à travers toute la patrie syrienne, ainsi que dans la Békaa libanaise voisine. Les batailles du Golan, de Majdal, Halwa, Sehita et Rachaya — les plus célèbres — ont eu lieu, où les révolutionnaires ont escaladé les murs de la citadelle fortifiée, l'ont prise et l'ont incendiée.
Puis suivirent la bataille de Misseifra, la bataille de Soueïda, la bataille de Rassaas, la bataille d'Ara, la bataille d'Umm al-Rumman et d'autres batailles sanglantes, comme la bataille de Qaysama, où les révolutionnaires ont vaincu les « volontaires » et capturé un officier français qui dirigeait la cavalerie.
– Les Français ont resserré l'étau sur les révolutionnaires et amené des renforts successifs ; les révolutionnaires ont été contraints de se replier vers Al-Azraq, dans l'émirat de Transjordanie. Les Britanniques ne leur ont pas permis de rester longtemps ; Sultan Al-Atrash et son groupe de moudjahidines se sont alors déplacés vers Wadi al-Sirhan et Al-Nabk au nord du Royaume d'Arabie saoudite, puis à Al-Karak en Jordanie, dans l'espoir de retourner bientôt sur les champs de bataille. Il a refusé de rendre ses armes au colonisateur et a été condamné à mort.
– Sultan Al-Atrash a envoyé ses messagers au roi Abdelaziz ben Saoud, au roi Fayçal Ier, puis en Égypte et en Palestine pour affirmer l'unité de la lutte arabe et de l'objectif, demandant de l'aide pour poursuivre la révolution. Cependant, la convergence des intérêts des Alliés et l'affaiblissement de la résistance arabe ont conduit à l'arrêt des opérations militaires. Sultan et ses compagnons moudjahidines sont toutefois restés fidèles à leurs principes, conservant une foi inébranlable dans l'unité arabe, l'unité du territoire syrien et la nécessité de l'indépendance totale de leur patrie. Ils étaient convaincus que les Arabes arracheraient leur liberté, quelle que soit la durée de la lutte et le coût des sacrifices. Les liens de Sultan Al-Atrash avec le mouvement national à l'intérieur de la Syrie n'ont jamais été rompus durant son exil, qui a duré plus de dix ans. Sultan Al-Atrash a appelé à la tenue d'un congrès à Wadi al-Sirhan sous sa présidence le 25/10/1929, appelé le « Congrès du Désert », pour discuter de la question syrienne. La plupart des patriotes syriens et libanais ont assisté à ce congrès, qui a abouti à des résolutions importantes ayant eu une influence majeure sur les événements ultérieurs et sur les négociations et la voie suivie pour réaliser l'indépendance totale. Cet exil fut l'expression du refus de se soumettre au colonisateur et de la résistance des révolutionnaires à sa présence sur leur terre bien-aimée ; c'est pourquoi Sultan Al-Atrash considérait que la Grande Révolte syrienne avait duré 12 ans, de 1925 à 1937. Zaid Al-Atrash a exprimé ce refus et la poursuite de la résistance dans un poème populaire :
Nous avons abreuvé nos épées avec le sang de l'ennemi ***** Nous ne te braderons pas, comme l'ennemi le ferait pour de l'argent
Il faut bien que les nuits sombres disparaissent ***** Et que la bannière portée par Sultan soit glorifiée
Et si notre droit spolié n'est pas rétabli ***** Ô ma patrie, alors nous ne serons plus tes habitants
– Sultan Al-Atrash et ses compagnons sont rentrés au pays après le traité franco-syrien de 1936. La France a émis une amnistie générale pour tous les moudjahidines, et Sultan et ses compagnons ont été accueillis à Damas le 18 mai 1937 lors de célébrations populaires historiques. Il a été considéré comme le leader historique de la nation et a reçu les plus hautes décorations nationales. Les poètes et écrivains ont chanté ses prouesses et ses actions ; parmi ces poètes, le « Poète du Village » (Al-Shaer al-Qarawi), Rashid Salim Al-Khoury, a écrit en exil son célèbre poème « Sultan Pacha Al-Atrash et le Tank » (le « tank » étant le char), après la bataille de Tell al-Hadid en 1922 :
Autour de toi, les fils de Maarouf se sont rassemblés ***** Avec eux, et sans eux, tu fais chanter les foules
Tu as sauté sur le toit du tank avec une agilité ***** Étonnante, apprenant à l'aigle à atterrir
Les soldats sont tombés sous le tank, frappés ***** Et le tank s'est effondré sous eux, brisé
Quelle incursion, si tu ne l'avais pas annoncée ***** À nos ennemis, nous aurions démenti le rapporteur
Et quel Al-Atrash (sourd) tu fus quand nous avons appelé ***** Pour la vengeance, tu fus celui qui nous a le mieux entendus
– Sultan Pacha Al-Atrash s'est distingué par son opposition à la dictature (son télégramme contre le décret 50 de 1946 a forcé le gouvernement de l'époque à l'annuler) et aux dirigeants dictatoriaux qui se sont succédé en Syrie. Son conflit avec le dictateur Adib Shishakli a mené à une résistance armée. Adib Shishakli a lancé une campagne militaire contre le Jabal, causant plus d'une centaine de martyrs ; Sultan Al-Atrash s'est alors exilé une troisième fois en Jordanie pour éviter la guerre civile, jusqu'à la fin du règne de Shishakli. Il est retourné dans son village, accueilli par des célébrations populaires qui ont gagné tout le pays.
– Sultan Pacha Al-Atrash a salué l'établissement de l'union syro-égyptienne en 1958, a rencontré le président Gamal Abdel Nasser et lui a serré la main, exprimant son espoir de voir se réaliser la Grande Union arabe.
– Sultan a toujours été aux côtés de la révolution palestinienne, soutenant et encourageant, répétant sa célèbre phrase : « Ce qui a été pris par l'épée, ne peut être repris que par l'épée ».
Pendant la Grande Révolte syrienne, l'aviation française a bombardé les révolutionnaires ; le cheval de Sultan a été tué, sa tête tranchée, et les éclats des bombes françaises ont percé la cape qu'il portait, mais Sultan Al-Atrash n'a pas été blessé. M. Subhi Al-Khadra a pris cette cape et l'a déposée au musée de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, où elle se trouve toujours.
– Sultan Pacha Al-Atrash, que Dieu ait son âme, était tendre et compatissant, les larmes aux yeux devant une femme éplorée ou un enfant orphelin. Il était un chef de famille dévoué, aimant ses fils, ses filles, ses petits-fils et petites-filles (il a eu 26 petits-enfants). Il était un agriculteur assidu, aimant la terre, croyant, pieux, conservateur des traditions et coutumes arabes authentiques. Il était également ouvert aux autres et à l'esprit de son temps ; il s'est intéressé à encourager l'éducation et sa diffusion, envoyant ses fils et ses filles dans des universités, même hors de Syrie, et construisant plus d'une école dans son village avec ses propres fonds et les dons reçus de bienfaiteurs. Il a également fait don d'un terrain lui appartenant pour construire une église dans son village, dont il a offert la cloche. Il était ascète dans les affaires de ce monde et d'une grande intégrité.
– Il a quitté ce monde le 26 mars 1982. Le président de la République arabe syrienne, le président Hafez al-Assad, a présenté ses condoléances et s'est recueilli devant sa dépouille à son domicile à Al-Qurayya. Ses funérailles furent une journée historique mémorable, rassemblant plus d'un demi-million de personnes. Son cercueil a été transporté dans un hélicoptère qui a survolé les sites des batailles immortelles qu'il avait menées, et il a été enterré dans son village d'Al-Qurayya, transporté sur un affût de canon.
– Sur ordre du président Hafez al-Assad, un grand mémorial de la Grande Révolte syrienne a été érigé à Al-Qurayya, face à la maison de Sultan Pacha Al-Atrash, qui abritera la dépouille du commandant général de la Grande Révolte syrienne, Sultan Pacha Al-Atrash.
– Il a laissé un testament politique et national dans lequel il a exprimé ses vœux nationaux et ses recommandations patriotiques. Ce testament est considéré comme le premier du genre laissé par un leader nationaliste exceptionnel pour les générations futures.

L'appel de Sultan Pacha Al-Atrash
23/08/1925






