Le Cheikh Samih Natour a écrit dans le magazine “Al-Amama” en novembre 1993, un mois après le décès de notre maître le Cheikh Amin Tarif :
Le Cheikh Amin Tarif était une figure légendaire de son vivant ; il était un saint homme alors qu'il était encore en vie, et un exemple de vertu, de piété et de religion alors qu'il respirait, bougeait et vivait encore.
Il y a des gens dont on entend parler et, lorsqu'on les rencontre, on trouve que leur nom est plus grand qu'eux-mêmes. On entend parler du Cheikh Amin, et il grandit à vos yeux lorsque vous le rencontrez, même s'il ne prononce pas un mot. Il n'était que présence, solennité et vénération. Il imposait une aura de sainteté à tous ceux qui le connaissaient. Les plus grands dirigeants affluaient à sa porte pour obtenir une bénédiction avant d'entreprendre une action décisive, et ce n'était pas par flatterie ou favoritisme, mais par un sentiment sincère et une perception réelle de leur part ; ils étaient des chefs d'État et des chefs d'armées, tandis qu'il était le guide d'une petite communauté. Et pourtant, ils avaient besoin de lui.
La personnalité du Cheikh Amin Tarif s'est construite au fil des dizaines d'années, portée par une sagesse divine et une protection céleste qui se trouvaient sans aucun doute derrière chacune de ses décisions et chacun de ses pas, jusqu'à ce que sa renommée dépasse les horizons de notre pays et devienne un nom respecté au sein de la communauté druze et au-delà, partout. Et s'il fut grand de son vivant, il fut immense le jour de sa mort.
Des personnalités très distinguées ont vécu dans ce pays et ont occupé de hautes fonctions ; lorsqu'elles sont décédées, de grandes funérailles ont eu lieu, mais dans des proportions raisonnables. Quant au Cheikh Amin, dès que la nouvelle de son décès a atteint le public, des dizaines de milliers de personnes ont afflué à Julis, et le pays a été témoin des plus grandes funérailles de son histoire. On pouvait voir le vieil homme s'appuyant sur sa canne et parcourant des centaines de mètres pour atteindre le lieu des funérailles, tout comme les femmes, les jeunes, les enfants, les ministres et les notables. Chacun sentait qu'il participait à un enterrement historique dont le pays n'avait jamais connu de semblable. Les foules se sont étendues sur les collines surplombant le lieu du deuil, supportant la chaleur intense, la soif et l'attente, toutes patientes, priant pour le défunt, invoquant sa miséricorde, et célébrant ses mérites, ses qualités et ses œuvres. Lorsque le corps pur fut mis en terre dans la chambre qui avait été témoin des événements les plus importants de sa vie pendant des décennies, les foules se sont tenues recueillies, glorifiant le Seigneur et priant pour que Dieu enveloppe le défunt de Sa miséricorde et de Sa satisfaction.
C'est ainsi que le Cheikh Amin Tarif a vécu, en tant que figure de proue de la communauté, de l'État et de la région, et c'est ainsi qu'il est mort, rassemblant, le jour de sa disparition, tous les membres des différentes confessions de ce pays. Il était un symbole d'unité, de fraternité et de tolérance. Toutes les qualités de ceux qui sont passés par ici au fil des siècles, et qui sont comptés parmi les prophètes, les saints et les vertueux, étaient réunies en sa personne. Nous pouvons dire qu'un grand nom a été ajouté à la liste de ces figures. Que Dieu lui fasse miséricorde.”






