Mot du chef spirituel de la communauté druze en Palestine, le Cheikh Abou Hassan Mouwafaq Tarif, pour le 165e numéro de la revue « Al-Amama » à l'occasion du trentième anniversaire de la disparition du maître de l'île, le Cheikh Abou Youssef Amin Tarif, intitulé “Et dans l'obscurité de la nuit, la pleine lune nous manque” :

Au nom de Dieu, le Miséricordieux, le Très Miséricordieux

Louange à Dieu par le souvenir duquel les cœurs vivent, et prières et paix sur Ses prophètes qui appellent à la plus noble des fins et à l'objectif le plus sublime.

Chaque année, au mois d'octobre, nos cœurs sont bouleversés par le poids du souvenir. Nous revenons rassembler nos aspirations parmi les images où se sont figés les plus beaux moments, en nous tournant, avec vous, vers la demeure du phare unificateur, le premier des érudits et le chef, le pur, l'éclatant, le glorieux, la perle rare et précieuse, la rareté de son temps et de toute époque, le cheikh des cheikhs de ces contrées, celui qui a parachevé le cheminement de ses prédécesseurs de la lignée de Turab, se rapprochant de son Maître avec sincérité et ferveur, l'amulette bénie, le pilier éminent et sublime, le maître de l'île et le cheikh de la communauté, le détenteur de l'image préservée et lumineuse, mon grand-père, notre maître le Cheikh Abou Youssef Amin Tarif, que Dieu sanctifie son âme et nous fasse perdurer, à nous et à vous, la bénédiction de son souvenir et de sa mémoire.

En nous réunissant chaque année autour de la vie et de la mémoire de Son Éminence, nous revivons trente années d'amertume face à la perte et de sincère affliction, depuis que sa personne s'est dérobée à nos yeux, laissant un grand vide qui continue de tourmenter nos nuits, année après année.

Trente ans que ce souvenir vit en nous avec toute la précision des détails. Nous y puisons ces traits que Dieu a revêtus d'une lumière issue de la connaissance et de la foi, une langue limpide d'où émanait toujours le rappel du bien et de la sagesse, et des yeux qui ont versé de longues larmes dans l'examen de conscience devant le Créateur Miséricordieux.

Derrière ces vieux murs de pierre dans sa maison située à Julis, nous avons souvent vu notre défunt maître, le Cheikh, plongé dans l'émotion et les larmes, levant ses mains pures dans une prière incluant ses frères en tout lieu, demandant pour eux l'unité, le bien et la victoire, implorant de les rencontrer et d'entendre leurs nouvelles alors qu'ils étaient dans le meilleur état et la meilleure situation.

Dans la pièce adjacente à la sienne, nous avons maintes fois vu la perle de pureté et de piété, ma tante, la défunte vertueuse, Sitt Oum Almaza Hana Amin Tarif, rassemblant le restant de ses forces après de longues journées passées au service des invités et des visiteurs, pour se retirer dans la beauté de sa prière recueillie, loin des regards. Deux pièces, et dans chaque pièce, une prière, une supplication et des larmes qui se rejoignaient dans la mer de l'amour divin et se fondaient dans les vagues de sa sagesse, en signe de gratitude et de sincérité.

En ces jours difficiles où les peuples s'ouvrent au vaste monde, et où les barrières, les fils barbelés et les frontières deviennent illusoires face aux portes grandes ouvertes de la communication, le rôle de notre maître le Cheikh grandit, lui qui était et demeure, malgré son absence, le plus grand dénominateur commun qui a rassemblé les unitariens au Moyen-Orient et partout ailleurs, cette personnalité en laquelle se sont réunies les composantes du leadership spirituel, religieux et de la sagesse humaine et sociale, avec toute l'humilité et la gratitude requises.

Dès lors, chers frères et nobles cheikhs, nous continuons à suivre le chemin tracé par notre défunt maître le Cheikh, et c'est par la bénédiction de la sagesse et de la guidance qu'il nous a laissées que nous nous éclairons. Nous portons avec vous, à la suite de nos honorables cheikhs, la chandelle bénie de l'Unicité (Tawhid) face à l'obscurité des temps, confiants, espérants et attachés au lien de Dieu, comme le dit le verset sacré : « Frères, faisant face les uns aux autres sur des trônes », appelant à préserver l'unité et à protéger les familles et les frères, convaincus que c'est le seul gage de constance, de succès et de sécurité. Depuis cette demeure pure et noble, qui était et restera la maison de chaque personne proche ou lointaine parmi les membres de la communauté druze, en tout lieu et en tout temps, nous levons nos mains et nos cœurs vers Dieu, maître des subtilités, en priant pour que la communauté en Syrie, au Liban et partout ailleurs s'unisse et se rassemble autour d'un mot d'ordre commun, suivant les voies de salut que nos cheikhs et nos maîtres nous ont tracées dans les tourments de la vie.