La communauté des monothéistes druzes possède une présence ancienne dans le gouvernorat syrien d'Idlib, et plus précisément dans la région du Djebel al-Samaq. Ils sont répartis dans plusieurs villages : Banabel, Qalb Lozeh, Bashandlanti, Kafr Kila, Abrita, Jada'in, Bashandlaya, Kafr Maris, Taltita, Hali, Koko, al-Duwair, Arshine, Kafr Bani, Kaftin, Birat Kaftin et Maarat al-Ikhwan.

 

Histoire du Djebel al-Samaq

La région du Djebel al-Samaq s'étendait autrefois sur une vaste zone géographique du massif calcaire qui s'étend dans cette région de l'ouest d'Alep jusqu'à Antioche et Reyhanlı au nord, et le Djebel al-Zawiya au sud.

 

En remontant dans l'histoire, cette région a été le berceau du christianisme primitif après son apparition en Palestine. C'est de là que sont partis les prédicateurs de la nouvelle religion, Antioche leur servant de refuge. Le christianisme s'est propagé dans la région et les temples païens ont été transformés en églises. Lorsque Philippe l'Arabe, originaire de Shahba en Syrie, devint empereur romain, la région prospéra et il les autorisa à ériger des bâtiments en 244 apr. J.-C. Paul devint évêque à Antioche, et la deuxième plus ancienne église du monde fut construite à Qirq Bizeh, à 1 km de Qalb Lozeh, sur le Djebel al-Aala qui culmine à 683 m au-dessus du niveau de la mer. En 480 apr. J.-C., la cathédrale de Qalb Lozeh fut érigée dans le village du même nom. On note que la région du Djebel al-Samaq a prospéré jusqu'en 1100 apr. J.-C., ce que confirment les édifices et les décorations présents dans les monastères et les églises de cette période.

 

La doctrine du Tawhid (Unicité)

Puis vint l'invasion croisée, qui domina la région pendant un certain temps. Sous l'ère fatimide, des Arabes ayant embrassé la doctrine du Tawhid à l'époque de l'imam al-Hakim bi-Amr Allah s'installèrent dans cette région. Ils furent persécutés sous le règne d'al-Zahir en 1020 apr. J.-C. Une partie d'entre eux émigra plus tard vers le Liban et le Djebel al-Druze (Suwayda).

Le séisme de 1138

Un séisme survint en 1138 apr. J.-C. et détruisit une grande partie des bâtiments. Les Romains quittèrent également la région, et seuls quelques-uns restèrent, comme l'indiquent certains noms de villages syriaques, tel que « Mar Tahwan », désormais appelé Maarat al-Ikhwan. Les habitants furent réputés pour leur générosité, leur sens de l'accueil, leur défense du droit face aux envahisseurs, leur solidarité avec leurs voisins et leur aide envers ceux dans le besoin ; ces qualités demeurent encore chez leurs descendants. À l'époque ottomane, leur situation était stable ; ils cultivaient l'olivier et la vigne, et pratiquaient la chasse. En 1815 apr. J.-C., les habitants furent à nouveau soumis à un déplacement forcé suite à un conflit.

 

L'histoire moderne

À l'époque de l'occupation française, ils adoptèrent des positions patriotiques en accueillant les révolutionnaires, notamment Ibrahim Hananu en 1925, et en protégeant les femmes et les enfants des combattants.

À l'époque de l'indépendance de la Syrie, les habitants de la montagne ont fait des études universitaires, tant en Syrie qu'à l'étranger.

Depuis le début des événements de 2011, les habitants de la montagne ont subi quelques tracasseries, notamment le massacre de Qalb Lozeh en 2015, où de nombreux innocents ont trouvé la mort.

 

Principaux villages

Voici un aperçu des villages les plus importants du Djebel al-Samaq :

 

Banabel

Un village syrien rattaché à la sous-préfecture de Qurqaniya, dans la région de Harem, gouvernorat d'Idlib. Sa population était de 542 habitants en 2004, selon le recensement du Bureau central des statistiques.

 

Kaftin

Considéré comme l'un des points de rencontre entre la montagne et la plaine, c'est l'un des plus grands villages du Djebel al-Samaq.

Sa population compte environ 3 000 habitants, tous issus de la communauté des monothéistes druzes. Il est bordé au nord par la ville de Killi, à l'est par le village d'Hazano, au sud par le village de Birat Kaftin, et à l'ouest par la montagne appelée Djebel al-Cheikh Daher, où, selon la tradition populaire, le Cheikh Daher (que Dieu l'agrée) aurait fui devant les mécréants ; un rocher se serait ouvert pour lui permettre de se cacher et de ressortir de l'autre côté.

La majorité des habitants travaille dans l'agriculture, l'élevage, dans les institutions de l'État, ou a émigré.

Le village dispose d'une municipalité, d'une coopérative agricole, de deux écoles primaires et d'une école intermédiaire. On y trouve également plusieurs grottes, des puits et des chambres funéraires de respectables cheikhs du village.

 

Kaftin est célèbre pour le départ de nombreux groupes, notamment vers le Wadi al-Taym. Il est clair que la famille Bou Nasr al-Din, l'une des familles de Deir al-Qamar qui a quitté le couvent pour les environs de la ville de Batmeh (Chouf, en 1861), est originaire de Kaftin. Des groupes libanais et syriens appartenant à la doctrine du Tawhid descendent de cette lignée qui est passée de Kaftin à al-Kafir ; ils étaient quatre frères.

Un groupe venant d'al-Kafir a émigré vers le Djebel al-Druze en 1850 pour s'installer dans les villages de Lahaitha et Hazm ; le Cheikh Suleiman al-Halabi y est devenu célèbre.

Une branche de la descendance d'un homme nommé Abd al-Khaleq al-Halabi a quitté al-Kafir pour Mazraat al-Chouf, où ses descendants se trouvent encore aujourd'hui. Les Bou Nasr al-Din possèdent également une branche dans la ville d'Yanta.

Les historiens rapportent que les familles druzes sont venues de Kaftin, près d'Alep, par vagues successives, les plus nombreuses étant celles arrivées en 1881 à l'initiative du Cheikh Bachir Joumblatt ; elles comptaient quatre cents familles réparties dans tout le Liban, certaines prenant le nom de « Halabi » (Alep) et d'autres des noms différents.

 

Arshine

Situé à 14 km de la ville d'Idlib. Il remonte à l'époque romaine et byzantine et abrite les vestiges d'un temple à deux étages ainsi qu'une église de style basilical.

 

Maarat al-Ikhwan

Considéré comme l'un des villages les plus importants de la région nord du gouvernorat d'Idlib, situé au nord-ouest de la ville de Maarrat Misrin et à environ 17 km de la ville d'Idlib. Il a vu naître plusieurs personnalités dont le gouvernorat d'Idlib est fier. Il a servi de refuge sûr pour les hommes de la révolution, protégeant notamment l'épouse du combattant Ibrahim Hananu dans la maison de l'un des révolutionnaires qui luttaient à ses côtés contre le colonisateur français.

 

Qalb Lozeh

Le village de Qalb Lozeh est situé au nord-ouest d'Idlib, à 45 km, et à environ 5 km au sud-ouest de la ville de Qurqaniya. Il est perché dans la partie nord du Djebel al-Aala à une altitude de 683 m. Malgré l'abondance des vestiges environnants, comme ceux de Qarqbizeh au sud et le long du sommet du Djebel al-Aala, Qalb Lozeh est le seul village habité situé entre les villages de Banabel et Kafr Kila.

Ce village est célèbre pour son église, une merveille architecturale considérée comme le joyau des églises de Syrie et la perle des monuments du Djebel al-Aala dans la région de Harem. Sa construction remonte à la fin du Ve siècle apr. J.-C. Le site est habité depuis longtemps et les environs du village sont propices à la culture de l'olivier. En raison de l'urbanisation moderne, l'église est désormais entourée d'habitations, la zone archéologique protégée autour du bâtiment ne s'étendant que sur quelques mètres de chaque côté.

 

La façade ouest de l'église se distingue par la présence de deux tours à trois niveaux encadrant un portique imposant doté d'une arche en demi-cercle surmontée d'un balcon. Cette façade constitue l'un des traits architecturaux caractéristiques des églises du nord de la Syrie durant l'époque byzantine. Sur le côté ouest du bâtiment, on trouve trois portes dont les cadres sont ornés de divers éléments décoratifs.

 

L'église de Qalb Lozeh est l'un des sites archéologiques anciens les plus importants du gouvernorat d'Idlib, en raison de sa singularité en termes d'architecture, de décoration et d'art, témoignant de l'histoire des civilisations successives dans la région.

 

Des cérémonies religieuses étaient célébrées dans l'église de Qalb Lozeh, qui était habitée au Xe siècle apr. J.-C., lorsque les Byzantins ont occupé cette partie de la Syrie et se sont emparés de la basilique du village, la transformant du rite syriaque au rite byzantin (Melkite).

 

Les vestiges de Qalb Lozeh, l'un des monuments archéologiques les plus importants du gouvernorat d'Idlib, ont suscité l'intérêt des chercheurs et des voyageurs arabes et étrangers. Le site est devenu la destination principale des touristes visitant le gouvernorat et figure en tête de leurs priorités touristiques pour observer l'une des plus belles églises byzantines historiques de Syrie.

Les vestiges de Qalb Lozeh s'étendent sur le terrain qui séparait autrefois Baricha de Qarqbizeh. De ses édifices, il ne reste que l'immense basilique « l'église », qui a rendu le site célèbre, en plus de la présence de pressoirs occupant une grande surface aux abords du village, ce qui indique que l'économie reposait sur la culture de l'olivier.

 

Le village de Qalb Lozeh était, à l'époque byzantine, davantage une petite exploitation agricole qu'un véritable village. Ses modestes maisons entourant l'église ne dépassaient pas la dizaine, mais il regroupait de nombreux pressoirs à huile taillés dans la roche et au moins quatre auberges dépassant largement les besoins de ses habitants.

 

Les savants et chercheurs se sont longtemps interrogés sur le grand nombre de pressoirs et d'auberges, disproportionné par rapport aux besoins du petit village, ainsi que sur l'existence de cette immense église. Le voyageur et chercheur Tchalenko a écrit que l'importance de l'église ne s'explique pas par celle du village ; son isolement, sa position en marge des habitations, la modernité de son plan, ainsi que la qualité de sa construction, de sa décoration et de son exécution minutieuse, nous portent à y voir un lieu de culte dédié à toute la région, et sans aucun doute un centre de pèlerinage pour les habitants des environs, et non seulement pour les habitants de Qalb Lozeh.

 

L'objectif de la construction des auberges était d'héberger les pèlerins venus de loin. Cette nouvelle situation et les traditions liées au pèlerinage ont nécessité l'utilisation de l'huile pour l'éclairage de l'église et l'accomplissement des vœux de nombreux pèlerins, d'où la multiplication des pressoirs pour couvrir la demande en huile.

 

Parmi les vestiges les plus remarquables du site archéologique, on trouve un sarcophage brisé et au moins quatre auberges situées à l'extrémité sud-ouest de la ville, la plus importante étant située à 150 mètres au sud-ouest de la basilique, en plus de plusieurs pressoirs au sud-ouest du village.