Il est le cheikh érudit et éminent, Abou Mohammad Jawad Wali El-Din, qui s'est dressé un jour face aux agresseurs sur les terres de la montagne, criant au visage de ce tyran venu avec sa tyrannie et son arrogance pour dire qu'il voulait que les monothéistes druzes remettent leurs armes. Notre illustre cheikh, conscient des complots et des pièges tendus contre la montagne, lui répondit : “Nous ne remettrons pas nos armes et nous ne nous soucions pas de nos maisons, mais nous nous soucions de notre dignité. Nous acceptons que nos vêtements soient rapiécés, mais pas notre dignité. Alors démolissez les maisons si vous le pouvez, et vous ne le pourrez pas, car nous avons Dieu comme garant et soutien”. Cette confrontation a eu l'effet du tonnerre dans le ciel de la montagne et du Liban, faisant trembler les terres de l'arabisme et du monothéisme pour arroser la terre de dignité et de pureté. Le cheikh des monothéistes, surnommé le Lion de la Montagne, a déclaré : “Nous sommes un peuple élevé dans nos modestes khalwas (ermitages) dans l'obéissance, la piété et l'absence d'humiliation sauf envers Dieu Tout-Puissant, et nous élevons nos enfants dans la fierté et la virilité, pour qu'ils soient fiers et libres, aimants entre eux et fermes face aux agresseurs.”
L'ascète combattant
Le Cheikh Abou Mohammad Jawad était un homme de jugement droit, enraciné dans la religion et la foi, connaisseur de Dieu et adorateur sincère. Il ne craignait pas les difficultés, vivant en ascète combattant, tolérant et humble. Il regardait avec les yeux du cœur et écoutait avec la voix de la vérité et de la justice. Il fut le meilleur dépositaire du dépôt du monothéisme et du message national de sa communauté druze. Il fut le soutien des autorités spirituelles et politiques de la communauté, un chevalier parmi ses pairs d'exception, affectueux, miséricordieux et aimant envers ses frères dans la voie du monothéisme. La sagesse, la piété et la guidance l'habitaient, consolidant son autorité spirituelle pendant des décennies. Il était un modèle de science et de conseil avisé. Il était éloquent s'il parlait, et profond dans ses réflexions ; il contemplait souvent le royaume de la terre et des cieux, conscient de sa propre valeur, connaisseur de ceux qui l'entouraient et informé de leurs conditions. Il était le cheikh des cheikhs, le pilier du monothéisme et l'inspirateur des croyants sur le chemin de la guidance et de la gnose. La lumière rayonnait de son visage, emplissant l'espace malgré la pâleur de la lampe dans sa modeste chambre, où l'eau s'infiltrait avec acceptation et satisfaction en hiver, et où la lumière du soleil se faufilait pour croiser l'éclat de ce visage rayonnant en été.

L'ermitage de Baaqline
L'illustre cheikh est né à Baaqline, dans le district du Chouf, en 1916. Il a grandi sous l'égide de son père, dont il a hérité la moralité, l'honnêteté et la loyauté. L'agriculture a captivé son intérêt ; il s'est consacré à cultiver une parcelle de terre éloignée de son village, en prenant soin d'elle et en l'aménageant selon les besoins de cette terre. Puis, il y a construit un ermitage en pierre qu'il a adopté comme retraite pour adorer Dieu dans la solitude, en communion avec Lui dans le silence de la nature, suivant le mirage de la vérité et la science de la certitude. Il fréquentait également les retraites de Bayyadah, où il restait des mois entiers aux côtés de ses frères suivant la voie du monothéisme pour atteindre la lumière de la certitude, la contemplation et la voie de l'adoration.
Le turban « Makawlassa »
En mars 1988, les grands cheikhs de la communauté des monothéistes druzes se sont réunis et ont décidé de couronner le Cheikh Abou Mohammad Jawad Wali El-Din avec le turban « Makawlassa », dont il a été revêtu par l'illustre cheikh et référence spirituelle Abou Hassan Aref Halawi, pour qu'il soit un modèle de piété et l'un des grands leaders spirituels de sa communauté.
Le cheikh de la péninsule et le Lion du Chouf, comme il était surnommé, est décédé à l'âge de 96 ans en 2012. Il a été inhumé lors de funérailles officielles et populaires massives, où des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées pour faire leurs adieux au président de l'Autorité spirituelle supérieure de la communauté des monothéistes druzes.

La victoire dans la montagne
Outre sa stature spirituelle éminente, le défunt a joué un rôle de premier plan face à deux événements qui ont marqué le Liban au cours des années 70 et 80 : la guerre civile libanaise et l'occupation israélienne du Liban. Pendant la guerre civile, le cheikh a appelé les institutions religieuses et politiques druzes à rester unies, interdisant aux membres de la communauté de susciter ce qu'on appelle les dissensions et les positions séparatistes. Par la suite, le défunt a émis une interdiction formelle pour les membres de la communauté monothéiste de traiter avec l'occupation israélienne. Ces deux positions ont eu un rôle direct dans la capacité de la communauté monothéiste à rester unie et à remporter la « guerre de la Montagne ».
Le Cheikh Aql de la communauté des monothéistes druzes, Sami Abi El-Muna, a déclaré à son sujet : « Il a inscrit son nom dans l'histoire monothéiste comme l'un des piliers des grands savants monothéistes, des cheikhs de confiance et vertueux, dont nous suivons la guidance et l'exemple. Il s'est distingué parmi eux par de nombreuses réalisations. La première, sans doute, est son soutien à l'institution de l'Irfan (le savoir), cette institution monothéiste exemplaire, incitant ses responsables à se soucier de l'éducation religieuse. Il considérait, dans son précieux message à l'institution, que quel que soit le progrès dans les autres sciences, cela ne suffit pas si l'attention n'est pas portée sur l'éducation religieuse. La deuxième est son intérêt pour les écoles religieuses des sœurs monothéistes dans les villages, car il se sentait responsable envers elles et avait le devoir de les inciter, ainsi que les frères monothéistes, à rechercher la sagesse, à la conserver, à l'étudier, à en comprendre les significations et à mettre en pratique ce qu'elle contient. La troisième est sa relation équilibrée avec le leadership politique et la coopération avec celui-ci pour préserver les frères et la communauté monothéiste, sur la base de la revendication de ce qui est un droit et sans confrontation, mais plutôt en insistant sur le renforcement du leadership pour préserver la dignité générale et confirmer la présence nationale de la communauté. C'est ce que l'Irfan a incarné en paroles et en actes, et ce que nous travaillons à incarner depuis notre position au Cheikhnat Aql et au Conseil religieux. Comment pourrait-il en être autrement ? Il était le soutien et celui qui s'intéressait à l'organisation des affaires de la communauté, traitant la loi proposée à l'époque avec réalisme, positivité et responsabilité. »

Il a également dit de lui :
Mon Cheikh, la paix soit sur toi, ô Cheikh de la piété, ô toi à qui le cœur tendre s'est attaché.
Dès ta jeunesse, tu as brillé, une voix retentissante, et avec le vieillissement, l'espoir en toi s'est réalisé.
De la lumière de ton humble ermitage, l'espoir du salut est attendu, et le rendez-vous est agréable.
De la magie de tes paroles et de tes sermons, on récolte le parfum du repentir ; de tes yeux, on puise la clarté.
Et des positions dans les épreuves, une volonté de toi a été puisée, si bien qu'elle est devenue une armée.

Le temps a rarement offert un homme de sa sagesse, sa piété, son courage et son prestige. Sa présence était un trésor spirituel pour les monothéistes et son absence fut une tragédie pour les enfants du monothéisme, musulmans et croyants, car il est le modèle et l'exemple. Il était celui qui renonçait au prestige et à l'argent ; son ascétisme était celui des hommes libres qui ont quitté ce monde avant d'en sortir. Il s'est dépouillé de son ego, se libérant de ses désirs et de ses passions. C'était l'ascétisme des fidèles, des saints et des pieux, un ascétisme d'où jaillissaient les sciences, les sagesses et les vertus. Comme le disait Sayyed El-Amir (que la paix soit sur lui) : “Le succès pour les savants de l'au-delà est que le chemin est fermé pour atteindre les connaissances et les degrés de proximité divine, sauf par l'ascétisme et la piété. Par la pureté de la piété et la perfection de l'ascétisme, le serviteur devient enraciné dans la science.”
Il était patient face à ce qu'il détestait et ce qu'il aimait, et sa patience était celle des saints rapprochés, une patience en Dieu, pour Dieu et avec Dieu, où il n'y a de plainte qu'envers Lui et où l'on ne se pare que de Ses attributs, gloire à Lui. Dieu Tout-Puissant n'a-t-il pas révélé au prophète David (sur lui la paix) : “Pare-toi de Mes attributs, et parmi Mes attributs, il y a le fait que Je suis le Patient”.







