Le général Issam Abou Zaki surprend et fatigue à la fois son lecteur alors qu'il suit les événements sur le terrain, au point que le lecteur de ses mémoires semble vivre le moment passé avec toute son intensité et sa chaleur, son inquiétude et sa peur, son effroi et son courage, son choc et sa capacité à franchir la barrière de l'interdit et parfois du quasi-impossible.

Les mémoires du général Abou Zaki ne ressemblent pas aux mémoires théoriques ou aux récits historiques ; elles ressemblent davantage à la personnalité du général lorsqu'il offre des témoignages vivants et des observations réelles et vécues sur une époque amère qui a marqué l'esprit du général, l'homme de sécurité, le militaire, le politicien et le diplomate qui a su documenter l'instant comme s'il était un enfant du présent et le protégé du futur, porteur de leçons et d'enseignements.

Cette période temporelle est celle précédant la guerre civile qui a éclaté au Liban. Issam Abou Zaki a révélé les fils du complot tramé contre le Liban, son peuple et son État, ainsi que les répercussions et les dimensions de ce complot à travers des images vivantes et des prémices qui ont commencé à se former depuis la guerre de 1967. Comme s'il prophétisait en racontant ses mémoires et ses suivis depuis son poste militaire et sécuritaire à cette époque, il prévoyait que le conflit qui s'étendait mènerait inévitablement à une guerre libano-libanaise et à une guerre avec les Palestiniens, ce qui recoupe, de manière romanesque bien qu'avec une vision et des événements différents, l'œuvre de l'écrivain libanais défunt Tawfiq Youssef Awwad dans son roman ”Les Moulins de Beyrouth”.

La biographie d'une patrie

Lorsqu'un narrateur raconte ses mémoires en dépassant les limites de l'autobiographie pour planer dans l'orbite de la biographie d'une patrie en temps de conspiration, la vision est plus claire et plus proche de la vérité. C'est ce qui a poussé Issam Abou Zaki à raconter lui-même ses mémoires, en les mettant au service du Liban et de son histoire contemporaine, et en révélant ce qui est absent de la mémoire de la guerre, non pas pour rouvrir les plaies et rappeler ses cauchemars, mais pour que les générations actuelles et futures possèdent une mémoire honnête, apprennent de cette époque et en tirent des leçons pour l'avenir, comprenant la réalité du « jeu des nations » et qui les États ont utilisé comme outils dans ce jeu dont le Liban a payé le prix fort. Il a donc écrit ces mémoires sans hésitation ni peur, défiant tous les obstacles et les risques, relatant son expérience dans les postes militaires qu'il a occupés, notamment à la tête de la Police judiciaire, et avant cela ses expériences à Baalbek et dans le Nord en général, et à Tripoli en particulier, démontrant sa sagesse, son habileté, son expertise et son expérience, privilégiant les méthodes de dialogue et de souplesse pour atteindre la vérité avant d'utiliser la fermeté lorsque la situation exigeait des décisions décisives, armé d'un engagement patriotique et d'une responsabilité sociale envers sa communauté, sa famille, les fils de sa patrie et son clan.

L'assassinat de Kamal Joumblatt

Issam Abou Zaki était déterminé à œuvrer pour le social, croyant en la défense des causes des gens et de leurs préoccupations. De là, on comprend sa relation avec Dar Al-Mukhtara et le leadership des Joumblatt, qui dépasse la relation de loyauté et d'engagement pour devenir un phénomène où le destin intervient à plus d'une étape, depuis l'assassinat du maître martyr Kamal Joumblatt, où le destin l'a envoyé pour être le premier à arriver sur les lieux de ce crime majeur, voyant Kamal Joumblatt baignant dans son sang, pour ensuite prendre en charge toutes les procédures et enquêtes qui ont conduit à la découverte des auteurs, des planificateurs et des secrets de ce crime. Il fut également le premier à arriver à l'Hôpital de l'Université américaine de Beyrouth suite à la tentative d'assassinat du président du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, en 1983.

Réalisations sécuritaires

Il a également accompli de nombreuses réalisations sur les plans sécuritaire et militaire, notamment ses positions lors de la phase de siège militaire et économique imposé par le colonialisme sur la ville de Beyrouth en 1982, ainsi que la découverte de réseaux d'agents et bien d'autres étapes exceptionnelles.

Le général Issam Abou Zaki est né le 22 juin 1941 à Ainbal dans le district du Chouf. Son père était le colonel Anis Abou Zaki, qui a passé des années de son service avec le président Fouad Chehab et a été directeur de la branche des renseignements au Mont-Liban, et sa mère était Najla Hassan. Abou Zaki a étudié à l'école des Pères Maristes à Furn el-Chebbak, puis a déménagé à l'école d'Aintoura, et enfin à l'école d'Aley. Très influencé par son père, il a rejoint l'École militaire en 1961 et en a été diplômé en 1964.

Il était marié à May Fouad Al-Gharib, avec qui il a eu deux fils : Anis, ingénieur titulaire d'un master en génie environnemental travaillant à Londres, et Bassem, avocat diplômé de l'Université de la Sagesse.

Les missions difficiles

Le général Abou Zaki se distinguait par son sacrifice et ses nuits blanches pour accomplir ses missions. Les tâches les plus ardues lui étaient confiées, comme le maintien de l'ordre dans la région de Zgharta et l'arrestation des criminels les plus dangereux, dont « Al-Dankoura », issu de la famille Frangié et connu également sous le nom de « Sheikh Al-Jabal », dont le nom fut plus tard associé au massacre de Chekka au début de la guerre libanaise, ainsi que d'autres individus qui terrorisaient la région et ses habitants. C'est ainsi que le général Issam Abou Zaki est devenu l'objet d'admiration de tous.

Il a occupé plusieurs postes, dirigeant la première salle d'opérations de la police, la « 16e division », en 1965, avant de passer à la brigade de la circulation de Beyrouth, à la brigade de Baalbek, puis à la prison de Raml. Il a également été commandant du groupe du Casino du Liban et de la brigade de Jounieh.

Il a réussi à mettre fin à la rébellion de Tripoli lorsqu'une personne nommée Ahmed Al-Qaddour s'est autoproclamée chef de l'État des recherchés, déclarant la désobéissance à l'État. Le général Abou Zaki était le chef du groupe qui a pris d'assaut les marchés intérieurs de Tripoli, parvenant en 18 jours à arrêter Al-Qaddour et sa bande.

Il a également combattu la rébellion de Farouk Al-Muqaddam, l'un des dirigeants locaux du Nord qui avait proclamé sa révolte contre l'État en 1974, étendant son contrôle sur la ville et tirant sur les patrouilles, ce qui a conduit au martyre d'éléments des forces de sécurité. Cependant, il a réussi à l'arrêter et a reçu une promotion.

Il a également arrêté un espion entré au Liban avec un passeport allemand et impliqué dans des assassinats de plusieurs personnalités. Le général Issam Abou Zaki évoque cette période en disant : « Nous avons réussi en peu de temps à contrôler la sécurité à Tripoli et j'ai construit des relations distinguées avec les habitants, ce qui m'a valu une renommée et une bonne réputation, surtout pour ma capacité à maintenir l'équilibre à cette étape qui préparait l'éclosion de la guerre civile ».

Il a pris la tête du département des recherches générales en 1975 à Beyrouth. L'assassinat du leader Kamal Joumblatt fut un tournant décisif dans la crise libanaise ; il a participé à l'enquête et a réussi à identifier les coupables en une semaine.

 

En 1984, il a pris le commandement de la Police judiciaire, poste qu'il a occupé pendant neuf ans. Durant cette période, il a traité avec Interpol et les bureaux centraux de lutte contre les stupéfiants, dans le contexte du chaos dominant, affrontant les gangs les plus dangereux qui faisaient venir de la drogue de Bogota, du Chili, du Pérou, du Brésil et de Bolivie.

Décorations et certificats

Il a reçu plusieurs médailles et certificats d'appréciation et a quitté le corps militaire en 1993, lorsque les forces de fait de l'époque ne pouvaient plus le supporter.

La confiance dans l'expérience du général Issam Abou Zaki est devenue mondiale. Il a participé à de nombreuses enquêtes internationales et à des stages de formation, à la suite desquels il a reçu des médailles et des lettres de remerciements, dont notamment :

– Ordre du Mérite libanais de troisième classe en 1971.

– Ordre du Mérite libanais de troisième classe en 1974.

– Ordre du Mérite libanais de deuxième classe en 1981.

– Ordre national du Cèdre au grade de Commandeur en 1998.

– Médaille de l'Unité nationale en 1994.

– Médaille de guerre en tant que commandant de la Police judiciaire en 1992.

– Certificat d'appréciation du ministère français de l'Intérieur pour sa contribution avec les pays du Moyen-Orient à la lutte contre les stupéfiants.

– Certificat de coopération avec la police de Corée du Sud dans une opération de trafic de drogue.

– Certificat du département de lutte contre les stupéfiants des États-Unis d'Amérique.

– Certificat de l'Académie de police vénézuélienne.

– Certificats d'appréciation du Chili, du Canada, de l'Allemagne, de l'Iran, de la Grande-Bretagne et des pays du Commonwealth.

– Certificat du bureau des douanes de Grande-Bretagne et de Scotland Yard.

Durant ses dernières années de retraite, c'est-à-dire avant sa mort, Abou Zaki s'est consacré à l'écriture d'articles, de mémoires et d'ouvrages relatifs à l'organisation des affaires de la communauté druze. Il était responsable du dossier druze et membre du comité des amis de la fondation Al-Irfan.

Le 25 février 2018, le général Issam Abou Zaki est descendu de son cheval après un combat contre le cancer. Le leader Walid Joumblatt et l'émir Talal Arslan lui ont rendu hommage, et le président de la République de l'époque, Michel Aoun, lui a décerné l'Ordre national du Cèdre au grade de Grand Officier.