Cheikh al-Fadil Muhammad Abu Hilal est une figure religieuse marquante de l'histoire de la communauté druze. Il était considéré comme la deuxième autorité religieuse après l'émir al-Sayyid depuis la fondation de l'appel au tawhid jusqu'à nos jours. Cheikh al-Fadil a mené une vie pleine de réalisations et de dévouement au service de la communauté druze. Il a acquis une grande renommée et un immense respect auprès des Druzes du monde entier.

Cheikh al-Fadil est né dans le village de Kawkaba dans la région de Rashaya al-Wadi en l'an 989 de l'Hégire, correspondant à 1577 après J.-C., et il a vécu jusqu'en 1050 de l'Hégire / 1640 après J.-C. Il était âgé de 63 ans à sa mort.

Cheikh al-Fadil a vécu sous le règne de l'émir druze Fakhr ad-Din II (1590 – 1635 après J.-C.), dont il a été contemporain au sein de la communauté druze. Grâce à ses efforts religieux et sociaux, Cheikh al-Fadil a réussi à établir son statut de figure religieuse de premier plan. Après sa disparition, aucun autre cheikh n'a atteint un rang similaire dans l'histoire de la communauté druze.

Ses origines

Cheikh al-Fadil a grandi orphelin de père, héritant de quelques têtes de bétail qui constituaient sa source de subsistance avec sa mère.

Comme il n'y avait personne dans son village pour lui enseigner les rudiments de l'écriture, il fabriqua lui-même une tablette qu'il emportait lors de ses déplacements avec son troupeau. Il demandait à ceux qu'il rencontrait, parmi les gens de science et de savoir, de noter pour lui les lettres et de lui apprendre quelques éléments d'écriture. Il maîtrisa ainsi l'écriture et apprit la lecture avec une intuition remarquable, témoignant d'une intelligence et d'une passion pour le savoir dès son plus jeune âge.

Après sa petite enfance à Kawkaba, Cheikh al-Fadil s'installa dans la ville de Rashaya al-Wadi pour y travailler avec sa mère dans l'élevage des vers à soie et l'agriculture, sous la tutelle de Cheikh Abu Abadi Muhammad de la famille Zaki. Le jeune Muhammad s'immergea dans son nouveau travail, fit preuve de loyauté envers son maître et maîtrisa tout ce qu'on lui demandait. La prospérité augmenta avec sa présence et, à chaque fin de saison, il se consacrait aux livres doctrinaux. Cheikh Abu Abada dialoguait avec lui sur des questions de doctrine, découvrant chez ce jeune homme de grandes capacités qui l'amenèrent à l'aimer, à le respecter et à lui offrir des manuscrits à lire et à mémoriser.

Le jeune homme approfondit les sciences religieuses ; au milieu de la nuit, il quittait la maison pour aller prier sur un rocher, accomplir les devoirs religieux, prier pour l'amélioration de la situation et rentrer chez lui à l'approche de l'aube pour entamer sa journée de travail.

Après un certain temps, Cheikh Abu Abada l'appela et lui dit : « Si nous t'appelons Muhammad, nous trouvons cela trop peu pour toi, et si nous t'appelons Cheikh Muhammad, nous trouvons cela trop pour toi ; nous t'appellerons donc Abu Hilal ». Cheikh Abu Abada commença à le respecter et ils devinrent comme des frères et compagnons, révisant le contenu religieux, priant et accomplissant tous les devoirs. Mais cette bénédiction ne dura pas : un jour, alors que Cheikh Abu Abada tentait de traverser le fleuve Litani, il se noya. Abu Hilal fut affligé par la perte de ce guide, compagnon et père spirituel.

Abu Hilal retourna dans son village de Kawkaba, cet événement ayant accru sa foi, sa piété et son désir de se consacrer à l'étude du tawhid et à la préservation du savoir sacré. Il poursuivit sa vie religieuse dédiée à la prière et au travail. Une fois ses tâches quotidiennes accomplies, il se retirait dans une grotte en face de son quartier, dans une zone appelée al-Shaqif, pour prier, loin des regards, cherchant la solitude avec une âme méditant sur la grandeur du Créateur.

Lorsque certains jeunes du village apprirent l'existence de Cheikh Abu Hilal, ils furent encouragés à le suivre dans ses prières et affluèrent vers lui. Ils passaient du temps avec lui sur cette pente proche de la forêt de chênes — dont il ne reste aujourd'hui que deux arbres centenaires à côté d'un sanctuaire érigé à cet endroit.

Dieu a honoré son serviteur ascète et humble en faisant en sorte qu'une ruche d'abeilles, située au sommet de la grotte, fournisse sa nourriture, laissant couler du miel dans une petite cuve en pierre. Dès que Cheikh Abu Hilal entrait dans la grotte, la cuve se remplissait de miel, ce qui suffisait pour lui et ses compagnons.

Les villageois virent en ce miracle divin un signe du statut spirituel de Cheikh Abu Hilal, et ils affluèrent à la grotte pour témoigner de la puissance de Dieu après que la nouvelle se fut répandue parmi eux.

Son voyage à Damas

Après une période passée dans son village de Kawkaba, Cheikh al-Fadil décida de se rendre à Damas pour acquérir les sciences religieuses, comme l'avait fait avant lui l'émir al-Sayyid Abdullah al-Tanoukhi (que la paix soit sur lui), que le Cheikh considérait comme une référence dans l'explication de la doctrine du tawhid et de ses principes.

À Damas, Cheikh al-Fadil étudia auprès d'un cheikh de haut rang, apprenant les principes de la récitation coranique, le Coran, la jurisprudence, la grammaire et les hadiths prophétiques. Il atteignit un niveau suffisant dans ces sciences, surpassant ses pairs et gagnant le respect et l'estime de son maître, qui, admirant sa personnalité et son intelligence, souhaita que son enseignement ne se limite pas aux sciences religieuses, mais qu'il s'abreuve de savoir dans tous les domaines.

Un certain nombre de disciples le suivirent là-bas en quête de savoir et assimilèrent également ces sciences avec avidité et passion. Il passa une période à Damas, après quoi il retourna au village de Chouya, à sa grotte, reprenant sa vie d'ascétisme, d'étude et de prière.

Retour au village

Cheikh al-Fadil s'établit environ un an et quelques mois dans la ville de Ain Ata, où il fit la connaissance de Cheikh Abu Jabir Nasser al-Din Kabul du village syrien de Arna, et de Cheikh Abu Safi Muhammad de la famille Abu Turabi du village voisin de Ain Harsha. Ils commencèrent à prier ensemble avec quelques cheikhs désireux d'approfondir leur connaissance de la voie du tawhid et de bénéficier du savoir de Cheikh al-Fadil. Il devint leur référence en matière de conduite et de connaissance. La voie de Cheikh al-Fadil devint célèbre, et il fut une destination pour tous les monothéistes qui le consultaient pour leurs affaires religieuses, demandant conseil et orientation pour rester sur le droit chemin. Il se tint parmi eux comme un guide, les éclairant par son savoir et rendant ses avis, sans que les rencontres avec les gens ne le détournent de son habitude de solitude sur les sommets des montagnes et dans les vallées profondes, cherchant le retrait pour contempler en toute humilité la grandeur de Dieu Tout-Puissant.

Le disciple du Cheikh al-Fadil, Cheikh Abd al-Malik, a mentionné que le Cheikh s'était rendu dans « les quatre contrées » : Damas, la Palestine, le Chouf et le Wadi al-Taym. Il avait visité le village de Ain Qani dans le Chouf, rencontré ses habitants, visité le village de Kfar Smi' après avoir entendu parler de ses sept adorateurs, y séjournant un temps, puis visité le village de Arna en route vers Damas, ainsi que Damas elle-même. Le Cheikh est ensuite retourné au village de Ain Ata, où il a poursuivi sa vie, attirant de plus en plus de gens. Une délégation des cheikhs de Halabiyya dans le Jabal al-A'la lui a rendu visite, ce qui a conduit à des échanges épistolaires ultérieurs.

Le Cheikh al-Aql Muhammad Abu Hilal

Lorsque le Cheikh Badr al-Din Hassan al-Andari al-Tanoukhi (1562 – 1611), qui occupait la fonction de Cheikh al-Aql de la communauté et portait le titre de « Cheikh des cheikhs de l'époque » (oncle de l'émir Fakhr ad-Din II et proche de ce dernier), fut rappelé à Dieu, les cheikhs de la communauté et les notables se réunirent pour consulter et élire un nouveau Cheikh al-Aql. Leur choix se porta sur Cheikh Muhammad Abu Hilal en raison de son rang élevé, de son statut prestigieux et de la grande confiance qu'il inspirait. Un groupe de cheikhs alla le trouver, au nom des autres hommes de religion, lui demandant d'assumer les fonctions de Cheikh al-Aql, car il était le mieux qualifié. Il refusa catégoriquement, préférant consacrer son temps à la prière et à l'adoration, ne voulant pas être occupé par les affaires du monde. Les cheikhs repartirent, le cœur lourd, et informèrent les autres de ce qui s'était passé. Mais tous insistèrent, voulant que ce soit lui, et demandèrent à la délégation de retourner à la grotte pour tenter de le convaincre. Les cheikhs retournèrent à la grotte, rencontrèrent le Cheikh et lui expliquèrent que toute la communauté le réclamait et qu'il ne pouvait décevoir leurs espoirs. Les deux parties parvinrent à une solution satisfaisante : le Cheikh accepterait de se réunir une fois par an en été, pendant quelques jours, avec les cheikhs dans un village isolé. Là, les cheikhs lui exposeraient les problèmes complexes, et il les résoudrait. Une fois terminé, il retournerait à sa grotte et à son ermitage pour prier. Ainsi se déroulèrent les choses pendant vingt-cinq ans, et les cheikhs et les frères en religion attendaient ce rendez-vous annuel avec une immense ferveur, rencontrant le Cheikh pour écouter ses avis sur les problèmes exposés, ce qui devint une coutume suivie par tous les monothéistes. Ces réunions avaient lieu dans la ville de Chouya, sous un chêne toujours debout aujourd'hui.

Sa position face à l'épreuve

Entre-temps, la situation changea et une grande épreuve survint dans le pays : l'émir Fakhr ad-Din fut tué, et son protégé, Ahmad Kajak, persécuta les monothéistes, annonçant qu'il voulait capturer Cheikh al-Fadil afin que les Druzes le rachètent moyennant des sommes importantes. Le Cheikh annonça alors à ses disciples et frères que s'il était capturé par Ahmad Kajak, « il serait illicite pour quiconque de dépenser un seul sou pour ma libération. Quant à mon âme, elle est au-delà de cela, et quant à mon corps, qu'il en fasse ce qu'il veut, mon salut réside en cela ».

Cependant, le gouverneur changea d'avis après avoir compris que le Cheikh était très cher à ses disciples et qu'ils pourraient le racheter au prix fort, mais que le Cheikh lui-même leur interdisait cela et qu'il n'en tirerait aucun profit.

Avec le temps, la santé du Cheikh se détériora ; il souffrit beaucoup pendant environ deux ans, mais resta patient, endurant la douleur avec foi et piété. Il avait demandé à être enterré après sa mort dans un champ labouré afin que personne ne connaisse jamais l'emplacement de sa tombe (cependant, ses disciples s'y opposèrent).

Il rendit l'âme dans la ville de Shebaa, et sa dépouille fut transportée à Ain Ata, où il fut enterré dans un sanctuaire visité par les Druzes monothéistes jusqu'à ce jour.

Un mausolée a été érigé pour lui dans son village natal de Kawkaba, et un autre dans le village de Kfar Smi'.

Le sanctuaire de Cheikh al-Fadil Muhammad Abu Hilal, que Dieu soit satisfait de lui