Salima Al-Qazzaz Dargham, la première femme au Liban à avoir accédé au poste de présidente de municipalité. Connue pour son audace et la force de son caractère, elle a su passer d'une campagne lointaine appelant les centres de pouvoir à se pencher sur ses besoins et ses exigences, à une femme qui ne craint pas de frapper aux portes des puissants et de faire irruption dans les salons d'honneur, devenant la voix de ceux qui n'en ont pas, et réalisant pour ses concitoyens et sa ville des exploits que les hommes n'ont souvent pas réussi à accomplir. Les vers du poète Al-Mutanabbi lui vont à ravir : « Le genre féminin n'est pas un défaut pour le nom du soleil, ni le genre masculin une fierté pour le croissant de lune. Si toutes les femmes étaient comme celle que nous avons perdue, je préférerais les femmes aux hommes. »

Dargham a été élue présidente de la municipalité de Bekaifa lors des dernières élections législatives en 1964, et a exercé cette fonction aux côtés d'une dame de la famille Eid, élue présidente de la municipalité de Mazraat Al-Chouf. Elle a continué à servir les habitants de sa ville jusqu'en 1998, lors des premières élections municipales organisées après la guerre civile.

Née en 1918 à Ain Anoub (caza d'Aley), Dargham a débuté son engagement au sein de la Société de la Renaissance de la femme druze, qu'elle a toujours considérée comme la première école sociale de sa vie, marquant le début de son implication dans la société et le moteur de son travail constructif et productif.

Dargham a été décorée de l'Ordre national du Cèdre au grade de Chevalier par le regretté président Sleiman Frangié lors d'une cérémonie organisée au Park Hotel de Chtaura en 1974. Elle a également reçu l'Ordre national du Cèdre au grade d'Officier par le président Elias Hraoui, ainsi que la Médaille libanaise du Mérite doré. Lors de son discours de remise de prix en 1974, elle avait déclaré : « Ma responsabilité est de mériter cette médaille chaque jour, et malheur à celui qui laisse tomber sa médaille de sa poitrine. »

Elle a laissé derrière elle de nombreux projets témoignant de ses réalisations, notamment ceux visant à créer des opportunités d'emploi pour les habitants de la campagne, à soutenir les agriculteurs pour qu'ils restent sur leurs terres, ainsi que des projets axés sur la sensibilisation, le soutien aux femmes et leur encouragement à jouer leur rôle dans la société.

Dargham se distinguait par une grande habileté, une finesse d'esprit et une audace littéraire face à tout responsable, quel que soit son rang. Elle s'est élevée au-dessus des sensibilités internes, qu'elles soient partisanes, politiques, confessionnelles ou familiales, et était connue comme une femme persistante qui ne cessait de frapper aux portes, considérant cela comme une simple part de sa responsabilité.

Mme Dargham raconte une anecdote amusante survenue alors que le défunt Kamal Joumblatt était ministre de l'Intérieur. Ayant besoin d'aide pour équiper le seul moulin à huile de l'époque dans la Békaa, elle apprit qu'il s'apprêtait à partir pour l'Inde. Elle l'a poursuivi jusqu'au tarmac de l'aéroport et a crié de loin, avant qu'il ne monte dans l'avion : « Ya Kamal Bey, où vas-tu en me laissant derrière ? ». Tout le monde fut stupéfait, les questions et les suppositions se multiplièrent. Joumblatt, réalisant qu'il lui avait promis de signer l'aide, accepta de lui accorder la somme de 20 000 livres libanaises de l'époque, qui servit à équiper le moulin.

Elle a toujours gardé en mémoire la position de son regretté mari, Ali Dargham, qui l'a encouragée dans sa démarche dans une atmosphère oppressante de traditions imposant des restrictions aux femmes. Elle a également salué la conscience des habitants de sa ville. À une occasion, elle a déclaré : « La conscience des habitants de Bekaifa et leur harmonie ont été des facteurs essentiels dans mon élan, bien que cela ait fait grand bruit ; j'entendais certains, chez nous et aux alentours, dire : 'N'y a-t-il donc plus d'hommes dans ce village ?' »

Elle a consacré une part importante de ses activités à encourager et autonomiser les femmes. Elle a ainsi créé le centre de santé de la Société de la Renaissance de la femme à Bekaifa, qui fournissait des services de santé indisponibles aux habitants de la ville et des environs, même au plus fort de la guerre civile. Son appel permanent était : « Laissez la femme travailler, s'élancer et plonger dans le vif de la vie, non pas pour rivaliser avec l'homme, mais pour considérer la question sous son aspect humanitaire, qui traite cette créature et l'autre sur un pied d'égalité. Tant que le but est de servir cette société et cette patrie, où est le mal et où est le manque ? »

Elle a également encouragé les agriculteurs par le biais d'expositions agricoles et en travaillant à la commercialisation de leurs produits. La première exposition agricole a eu lieu en 1966 sous le patronage du président Charles Hélou, avant la création de la coopérative agricole à Bekaifa en 1972 et de la coopérative artisanale pour l'enseignement de la couture et des travaux manuels.

Elle a fait construire un complexe de développement comprenant une usine de tapis où travaillaient des dizaines de jeunes filles, un atelier de couture, un centre de santé, une maternité, une coopérative de consommation, une coopérative agricole et une salle de formation pour les sourds et muets, en plus de deux salles de club pouvant accueillir deux mille personnes.

Sa vision du travail dans les affaires publiques était en avance sur son temps. Elle considérait que « c'est une erreur de croire que les pouvoirs d'un président de municipalité s'arrêtent aux limites des routes asphaltées, des murs réparés, des écoles construites ou des clubs érigés. La question, sans aucun doute, s'étend pour inclure diverses installations vitales, sanitaires, éducatives et sociales, ainsi qu'une supervision continue de tout ce qui entoure le village et de ses problèmes. Le bon président est concerné par leur mise en place s'ils n'existent pas. »

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