Le Cheikh Najib Saad al-Din Hassan Abdullah al-Asrawi (1891-1987 ap. J.-C.) était un dirigeant druze d'origine libanaise qui a émigré au Brésil, en Amérique du Sud, après la Première Guerre mondiale (en 1920). Le Cheikh al-Asrawi est considéré comme une figure de grande importance dans l'histoire de la communauté druze au Brésil ; il fut écrivain, avocat, journaliste, éducateur et a exercé une influence considérable sur les membres de la communauté druze là-bas. Le Cheikh al-Asrawi a fait tout son possible pour susciter chez les membres de la communauté une solidarité avec leur héritage et leurs traditions druzes séculaires, et il a réussi à créer un bloc soudé au sein de la communauté druze au Brésil, tout en préservant ses liens avec les communautés druzes du Moyen-Orient.

Les étapes migratoires dans la vie du Cheikh Najib al-Asrawi

De Batater à Beyrouth, et de Beyrouth à Istanbul

Il est né dans le village de Batater, au Mont-Liban, en 1891. Sa famille a quitté le village pour Beyrouth alors qu'il était encore enfant, et c'est là qu'il a grandi. Dès sa jeunesse, il a montré des signes d'intelligence et de génie, ainsi que des qualités précoces de leadership, d'intégrité, de justice et d'équité. À l'âge adulte, il a déménagé à Istanbul pour étudier le droit à l'université, tout en se spécialisant simultanément dans le journalisme. Il a excellé dans ses études universitaires ; le sujet de sa thèse de doctorat, présentée à l'Université d'Istanbul, portait sur les sciences religieuses, les sciences et la philosophie, tout en travaillant comme journaliste durant ses études.

De la Turquie à la péninsule arabique

Dans l'un de ses articles de presse, le Cheikh al-Asrawi a écrit que la majorité des symboles dont les Ottomans se vantaient, tels que la culture et la langue, trouvaient leur origine dans la civilisation arabe. Ces propos ont suscité la colère des autorités ottomanes à Istanbul, le forçant à fuir vers le Hedjaz, dans la péninsule arabique, et à chercher refuge auprès de l'émir Fayçal, fils du chérif Hussein, qui l'a accueilli chaleureusement. Il y trouva sécurité et protection, et l'émir lui confia certaines fonctions administratives et militaires.

La période passée par le Cheikh al-Asrawi dans la région du Hedjaz fut marquée par une activité intense et un travail acharné ; il a participé à la Grande Révolte arabe contre les Ottomans pendant la Première Guerre mondiale, au point d'être blessé à trois reprises lors de divers combats. Il a combattu aux côtés de Lawrence d'Arabie, le célèbre combattant britannique. Une fois la guerre terminée, la révolte arabe réussie et les Ottomans vaincus, les autorités britanniques lui ont décerné la médaille de la bravoure, et il a obtenu un poste administratif important auprès de l'émir Fayçal, en reconnaissance de sa grande contribution à la réalisation de la victoire arabe sur les Ottomans.

Du Moyen-Orient au Brésil

À la fin de la Première Guerre mondiale, le Cheikh al-Asrawi faisait partie du camp des vainqueurs, mais deux ans plus tard seulement, ce notable druze, couronné de médailles, fut contraint d'émigrer du Moyen-Orient. Tout cela est arrivé à la suite de la signature des accords Sykes-Picot entre la Grande-Bretagne et la France, selon lesquels les deux pays ont partagé leurs zones d'influence sur les territoires autrefois gouvernés par l'Empire ottoman au Moyen-Orient. Ces changements dans l'équilibre des forces au Moyen-Orient ont ébranlé la position d'al-Asrawi, compromettant sa sécurité et sa confiance en lui ; il acquit alors la conviction qu'il était temps de quitter le Moyen-Orient.

C'est ainsi qu'en mars 1920, le leader druze a quitté son pays, émigrant de Damas vers le Brésil. Dès son arrivée au Brésil, il a été accueilli comme l'un des principaux journalistes au sein du comité de rédaction du journal « Al-Asima » (La Capitale). Lorsque le journal a rencontré de graves difficultés financières, le Cheikh al-Asrawi l'a racheté, a changé son nom pour « Al-Islah » (La Réforme) et en a fait le porte-parole des immigrants druzes. Dans le même temps, il s'est consacré à la rédaction de livres traitant de l'histoire des Druzes (Al-Muwahhidun) et expliquant les préceptes de la doctrine du Tawhid (monothéisme). Les ouvrages du Cheikh al-Asrawi sont devenus des livres de référence prestigieux, et ses recherches ont été publiées parmi les communautés et groupes druzes à travers le monde.

Le Cheikh al-Asrawi était une figure centrale dans la vie de la communauté druze au Brésil ; il avait pour habitude de se déplacer entre les différents lieux de résidence des Druzes et s'efforçait de diffuser, parmi les jeunes générations druzes, les vertus et les valeurs fondamentales de la communauté. Dans ses conférences et ses déclarations publiques, il cherchait toujours à expliquer les questions religieuses doctrinales et à clarifier le contenu de l'identité druze. Il s'est également beaucoup investi dans l'éducation de la jeunesse druze, et son éloquence ainsi que l'étendue de ses connaissances ont conquis le cœur de beaucoup d'entre eux.

Parmi les défis majeurs auxquels la communauté druze au Brésil était confrontée figurait la question de la jeune génération, qui ne parlait pas arabe mais maîtrisait la langue portugaise locale. C'est pourquoi il a écrit un livre en portugais expliquant les fondements de la doctrine du Tawhid, son identité et son histoire. Ce livre a été largement diffusé au sein de la communauté druze au Brésil, et beaucoup s'y sont fiés, le considérant comme une source importante expliquant l'origine et l'identité des Druzes. Le livre a également atteint des lecteurs non druzes parmi la population locale, suscitant leur intérêt pour la doctrine druze. En reconnaissance de l'activité sociale et culturelle du Cheikh al-Asrawi, et après que son livre ait prouvé sa valeur et son utilité pour la population, le gouvernement brésilien a décidé de lui décerner le titre de « Ministre spirituel ».

Au cours de sa vie, le Cheikh al-Asrawi a fondé l'Association de réforme druze, qui s'est donné pour mission de soutenir et de renforcer l'identité druze parmi les jeunes. Cela a conduit à une reconnaissance officielle par le gouvernement du Brésil de la communauté druze en tant que communauté indépendante, et à la création d'un cimetière druze séparé, où les coutumes d'inhumation suivies par la communauté ont été préservées. En outre, il a mené une activité intense parmi les Druzes au Moyen-Orient en général, et en Israël en particulier ; il fut l'un des écrivains à publier des articles dans le magazine « Al-Huda », qui traitait des affaires des Druzes en Israël, et il a fortement soutenu et encouragé l'enseignement de l'héritage druze dans les écoles druzes du pays.

Distinctions et certificats d'appréciation

La grande contribution du Cheikh al-Asrawi à la préservation de l'unité de la communauté au Brésil et de son identité druze distinctive n'a pas échappé aux leaders de la communauté druze au Moyen-Orient. En reconnaissance de ses travaux, le Cheikh al-Aql druze au Liban a nommé le Cheikh al-Asrawi en 1956 comme son représentant officiel dans les pays d'Amérique du Sud. Dans le cadre de cette fonction, il avait pour mission de représenter le Brésil auprès de la direction religieuse. Il a également été nommé chef de la communauté druze au Brésil, et après sa nomination à ce poste prestigieux, il a lui-même nommé des imams pour gérer les affaires des communautés druzes au Brésil, telles que la conclusion de contrats de mariage, l'organisation des procédures de divorce, les successions et autres statuts personnels.

Tout au long de sa vie au Brésil, le Cheikh al-Asrawi a bénéficié de l'appréciation et du respect des membres de sa communauté ainsi que de diverses institutions. Les Druzes au Brésil ont pris plusieurs initiatives pour reconnaître ses services et honorer sa personne. Le poète druze Shafiq Abd al-Khaleq, un immigrant du Liban au Brésil, a composé un poème en 1978 énumérant les vertus du Cheikh al-Asrawi, dont nous avons choisi les vers suivants :

« Ils t'ont accordé ton dû en signe d'appréciation et de gratitude, et t'ont paré de châles et de couronnes.

Pour un mérite dans le travail où tu les as précédés, et tu as manifesté créativité et perfection.

Tu as prié pour la « Sagesse » suprême et son essence, comme tu sanctifies un Évangile et un Coran.

La plume peut être incapable de recenser tes vertus, et de te rendre hommage par les mots.

Laisse les rimes et le discours, car le cœur s'exprime avec gratitude et reconnaissance. »

Les derniers jours de la vie du Cheikh

Le Cheikh al-Asrawi est retourné à la miséricorde de Dieu en 1987, à l'âge de quatre-vingt-seize ans. Tous les membres des communautés druzes ont reçu la nouvelle de son décès avec une grande tristesse et douleur. Des services commémoratifs et des hommages ont eu lieu dans les pays d'Amérique, au Moyen-Orient et dans le monde entier en l'honneur du défunt, en reconnaissance de ses activités et de ses œuvres, de sa position en tant que religieux et leader druze important, et également en signe du grand respect que lui portaient les membres de la communauté druze en particulier.

Extrait de « Al-Turath al-Tawhidi » (L'Héritage monothéiste)