Sa Béatitude le Cheikh Akl de la communauté des Druzes, le Cheikh Dr. Sami Abi Al-Muna, a souligné qu'il est inévitable de coopérer dans les missions de la vie commune et ses défis partagés, et de les affronter par une action conjointe pour sauver l'humain en s'accordant sur des dénominateurs communs afin de relever les défis ensemble.
Les propos du Cheikh Abi Al-Muna ont été prononcés dans une intervention enregistrée lors de la table ronde sur les espaces religieux partagés au Moyen-Orient, à l'occasion de la fête de l'Annonciation, sur invitation du Conseil des Églises du Moyen-Orient à son siège à Beyrouth. Voici le texte du discours de Sa Béatitude le Cheikh Akl :
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux,
Louange à Dieu, Seigneur des mondes, prière et paix sur le Maître des messagers, sur sa famille et ses compagnons vertueux, et sur les prophètes purs de Dieu.
Chers frères et sœurs participants à cette table ronde, chers amis,
Si la fête de l'Annonciation est une occasion de rencontre islamo-chrétienne, basée sur ce que la foi chrétienne réserve comme vénération à la Vierge Marie et ce que le Saint Coran a révélé comme estime à son égard, il ne fait aucun doute que la fête qui unit les deux religions n'est que l'un des points communs entre musulmans et chrétiens, et non l'intégralité. Les points communs sont nombreux et essentiels entre les croyants, qu'ils soient chrétiens, musulmans ou d'autres confessions. Des points communs : les premiers sont liés à la foi, affirmant le monothéisme de Dieu Tout-Puissant, l'Unique, l'Absolu, le Transcendant, et Sa manifestation en l'homme, qui est la plus noble des créatures, étant à Son image et à Sa ressemblance, et le meilleur des successeurs sur Terre pour la mettre en valeur. Les seconds concernent les valeurs : aucune loi divine n'a omis d'inciter à préserver les valeurs morales et sociales, en premier lieu la vérité, l'amour, la fraternité, la miséricorde, la justice, la loyauté, la générosité et autres valeurs et vertus sur lesquelles les croyants s'accordent partout. Les troisièmes concernent la mise en valeur de la Terre, la préservation des ressources naturelles et leur gestion avec ordre et respect. Les quatrièmes sont d'ordre humain, liées à la construction des sociétés, des patries, des partenariats et des relations humaines visant à édifier la paix.
Il a ajouté : « Je ne pense pas qu'une quelconque école de pensée islamique, chrétienne ou autre, appelle à l'incroyance en Dieu, au reniement des valeurs morales et sociales, à la corruption de la nature, à la destruction de l'ordre cosmique ou à l'établissement de civilisations corrompues qui sapent les fondements de la paix. Mais c'est l'homme, de toute religion et confession, avec en lui les forces du mal affrontant les forces du bien, qui tend souvent à ébranler ces fondements et, par conséquent, à réduire l'espace des points communs positifs entre les êtres humains, qui sont tous créatures de Dieu. Cela nous oblige, en contrepartie, à affronter cette déviation avec rationalité, ouverture, fermeté et partage entre les croyants, les sages et les gens de bien pour consolider ces fondements, préserver les points communs, élargir leur espace et œuvrer ensemble efficacement. C'est ce à quoi nous appelons et ce pour quoi nous travaillons. »
Il a poursuivi : « La foi véritable est présente dans l'Islam et dans le Christianisme de manière égale, et son premier principe est la foi en Dieu, l'Unique, l'Absolu, et c'est là le dénominateur commun fondamental entre les croyants :
La religion nous rassemble et la Vérité est notre référence. Si vous ouvriez les cœurs, vous y trouveriez l'Unique.
De même, les valeurs humaines sont une, et sur elles se retrouvent musulmans, chrétiens et tous les êtres humains, même si certains concepts diffèrent et que les chemins et méthodes varient dans le voyage permanent vers la connaissance de la Vérité. La volonté de Dieu a voulu que les humains apprennent à se connaître, collaborent dans la course vers les bonnes œuvres, préservent les valeurs humaines suprêmes et les réalisent, en soi d'abord, puis dans ses relations avec ceux qui l'entourent, et tout particulièrement dans sa relation avec l'autre humain, où qu'il soit. Tandis que ce qui n'est pas commun nous entraîne dans le champ des dogmes, un champ extrêmement délicat qui ne se limite pas aux différences entre religions, mais dépasse cela vers des divisions profondes et douloureuses à l'intérieur même des concepts de foi au sein de chaque religion, ce dont nous n'avons aucun besoin dans aucun dialogue. »
« C'est pourquoi il est plus judicieux de se rencontrer dans l'espace commun accessible par la conduite plutôt que par le dogme ; la conduite spirituelle et sociale. Ses deux piliers fondamentaux sont la loyauté et la fraternité. Chez nous, ce sont les deux piliers du Tawhid (monothéisme), et le Tawhid est un dénominateur commun. Le vrai monothéiste est honnête avec Dieu, avec lui-même et avec ses frères, et il élève également le concept de fraternité humaine jusqu'au renoncement de soi. La rencontre réside également dans des missions humaines nobles : affronter le mal, contrer le délaissement de la religion, l'athéisme, la permissivité, l'agression contre les droits humains, la nature, l'environnement, l'ordre cosmique et toutes les valeurs humaines. C'est-à-dire dans le "cercle de l'action commune" pour sauver l'humain, par la complémentarité et la solidarité. Car les problèmes humains communs nous imposent de convenir de dénominateurs communs pour affronter les défis ensemble. Ils sont nombreux et croissants avec le progrès de l'humanité, l'augmentation des interférences et le développement des sciences ; parmi eux, les questions environnementales, les droits et l'éthique. »
Sa Béatitude a ajouté : « Nous devons tous, au Moyen-Orient comme partout ailleurs, regarder les nombreux points positifs et les valeurs humaines que recèle le christianisme tout comme l'islam, et faire face aux grandes problématiques. Musulmans et chrétiens doivent travailler ensemble dans les espaces communs, comme ceux relatifs au service des pauvres, au renforcement de la justice, au respect de la dignité humaine et au partage des expériences de vie. Ainsi, nous surmontons les préjugés et il devient possible d'ouvrir des canaux de respect mutuel et de réconciliation pour bâtir la paix et la fraternité au sein de la famille humaine unique. »
« D'autre part, il existe certaines similitudes et points communs de vie ou de forme entre musulmans et chrétiens, nombreux en raison de la nature de la vie commune et des relations historiques existantes, notamment ceux qui unissent les enfants de la montagne, les monothéistes, et leurs frères chrétiens, tels que les avantages sociaux, les coutumes et les traditions, indépendamment des cas d'affrontements et de conflits à travers l'histoire, qui avaient des motivations extérieures. »
Sa Béatitude s'est adressé aux participants : « Notre Dieu est unique et la finalité de la religion est une : l'humain. Nos enseignements convergent vers cette finalité, et nous n'avons qu'à nous élever à travers elle. Rencontrons-nous pour nous élever. Il est inévitable de se rencontrer et de partager dans le dialogue de vie, qui fait partie de la foi dans chaque religion, et de coopérer dans les missions de la vie commune et ses défis partagés, lesquels, si nous tardons à les affronter, prendront le dessus sur nous. Car lorsque nous nous battons pour le ciel, nous perdons ce qui est sur terre et ce qui est au ciel. »
« J'ai approfondi ma religion authentique et elle m'a conduit à autrui, même si celui-ci semble différent. »
« J'ai compris que la Vérité est une racine, et que nous sommes tous des branches, des rameaux et des fleurs de celle-ci. »
« Si le culte sépare les êtres humains, les perles de la sagesse les rassemblent au-delà des rites. »
« Que Dieu vous assiste dans vos interventions et vos discussions. Un grand merci au Conseil des Églises du Moyen-Orient pour l'organisation de cette table ronde, et à vous tous. Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous. »