Perchée sur un sommet volcanique au sud de Soueïda, la citadelle de Salkhad est considérée comme l'une des forteresses les plus importantes et les plus belles du Levant. Ses pierres de basalte massives témoignent d'une histoire riche en événements, ayant su résister aux envahisseurs et aux agresseurs.

La citadelle, qui culmine à plus de 1 400 mètres d'altitude, surplombe la campagne de la ville. À l'ouest, elle domine les terres du Hauran et la citadelle antique de Bosra, tandis qu'au sud et à l'est, le regard du visiteur porte jusqu'aux confins du désert (Badia). Au nord, il est possible d'observer les plus hauts sommets du Djebel al-Arab.

De nombreux historiens s'accordent sur une date de construction quasi unanime : l'an 446 de l'hégire. Elle fut bâtie par le souverain fatimide Al-Mustansir, qui souhaitait assurer une protection maximale à la ville de Salkhad, alors exposée aux attaques incessantes de nombreux convoitises. La citadelle a vu se succéder de nombreux dirigeants.

Durant la période allant de 471 à 488 de l'hégire, la citadelle fut sous le règne du Seldjoukide Tutush, suivi de ses fils Falus et Tegin. Elle tomba ensuite sous la domination des Atabegs, sous l'ère du chef atabeg Fakhr al-Din Kumushtakin.

Image ancienne de la citadelle de Salkhad

En l'an 583 de l'hégire, la citadelle était sous le contrôle du sultan Saladin (Salah ad-Din al-Ayyubi), suivi en 601 de l'hégire par Zayn al-Din Karaja al-Salihi, qui mena des travaux de réparation et de restauration au sein de la citadelle.

La citadelle a subi de lourds dommages en raison des changements successifs de contrôle. Elle a bénéficié de soins et de réparations sous l'ère du sultan Baybars, qui en prit le contrôle après qu'elle fut soumise à Nasr al-Din Yaqub à partir de 604 de l'hégire, à la suite de l'invasion mongole de la région qui en détruisit une grande partie. Après Baybars, le sultan Qalawun nomma un superviseur spécial chargé de l'entretien de la citadelle, Sayf al-Din Basiti.

Citadelle de Salkhad

Par la suite, la citadelle fut contrôlée par divers chefs et dirigeants arabes et mamelouks jusqu'à l'entrée des Ottomans au Levant en 923 H / 1517 apr. J.-C. Par la suite, la citadelle perdit son importance stratégique et fut délaissée pendant près de deux siècles, jusqu'à l'arrivée des habitants actuels venus du Liban et de Palestine au cours du premier tiers du XIXe siècle. Elle devint ensuite un quartier général pour les troupes françaises entre 1920 et 1946.

Comme la plupart des citadelles, et en tant que ligne de défense primaire, deux enceintes successives furent érigées autour de la forteresse. De l'une, il ne reste que quelques parties visibles sur le côté sud. Le second mur constitue quant à lui le corps extérieur de la citadelle. Il fut construit en deux étapes : la couche inférieure adopte une forme triangulaire inclinée vers l'intérieur pour protéger la structure posée sur le rebord rocheux, tandis que la partie supérieure fut construite à la verticale, percée de meurtrières pour les archers. Les pierres sont ancrées dans la masse basaltique à l'aide d'un mortier de chaux spécial, et les roches sont taillées avec une extrême précision. L'enceinte offre une forme semi-circulaire et était autrefois entourée d'un fossé atteignant 15 mètres de large et sept mètres de profondeur.

Citadelle de Salkhad

La citadelle de Salkhad abrite de nombreuses salles de dimensions variées, dont plusieurs communiquent via des passages cachés menant à des sections secrètes difficiles à localiser. L'approvisionnement en eau était assuré par diverses sources, notamment des puits entourant la forteresse, le réservoir de la ville ainsi que des citernes intérieures. L'eau était distribuée par plusieurs ouvertures dans les murs extérieurs. Les bastions extérieurs de la citadelle contenaient également des écuries et de nombreux bains.

Les ruines encore visibles témoignent de la grandeur et de la splendeur de la citadelle. Elle était entourée de deux enceintes successives : la première n'a laissé que des vestiges dans la partie sud-est, tandis que la seconde forme le corps extérieur de la structure. Sa moitié inférieure est conçue en forme triangulaire vers l'intérieur pour protéger le cœur de la forteresse bâti sur le massif basaltique. La partie supérieure, quant à elle, s'élève verticalement, percée de meurtrières rectangulaires verticales pour les archers. Les pierres de ce mur ont été fixées dans le massif basaltique à l'aide d'un mortier de chaux spécial et taillées avec une précision extrême.