Le cheikh Nassib Saeed Makarem est l'un des créateurs les plus éminents dans le domaine de la calligraphie arabe au fil des siècles. Surnommé “le calligraphe des rois”, il a reçu de nombreux prix et certificats de reconnaissance à Jérusalem, Damas et Beyrouth pour sa production exceptionnelle. C'était un homme pieux et dévot.

Le cheikh Nassib Makarem est né le 14 septembre 1889 dans le village d'Aitat. Il est entré à l'école américaine de Souk El Gharb en 1903, mais son père est décédé quatre ans plus tard, l'obligeant à quitter l'école pour travailler et subvenir aux besoins de sa mère et de ses huit frères et sœurs.

Il a appris le métier de menuisier auprès de son père, et a hérité du goût pour la belle calligraphie de sa mère, Adba, diplômée de l'école anglaise de Chamlane, où elle avait obtenu son diplôme d'études secondaires en 1886, ce qui n'était pas courant pour les jeunes filles druzes au XIXe siècle.

Adba, qui possédait une belle écriture, encourageait son fils Nassib à maîtriser cet art. Le jeune homme parvenait alors à concilier la menuiserie et la calligraphie, assurant le gagne-pain de la famille, tout en passant ses nuits entre plume et calame, animant ses doigts de l'esprit d'un artiste dans les deux métiers, apportant dans chacun d'eux art et créativité.

Signature de Nassib Makarem

Un jour de 1909, Nassib lut que l'émir Izz al-Din Jawad al-Tanoukhi avait pris le verset du Trône (Ayat al-Kursi), composé d'environ 50 mots, et l'avait écrit sur un grain de riz. Cela piqua sa curiosité et il décida de défier l'émir en écrivant sur un grain de riz un texte de soixante et un mots, qu'il exposa à l'exposition de Zahlé cette année-là, remportant le premier prix d'excellence. Depuis ce jour, le nom de Nassib s'est répandu comme celui d'un créateur exceptionnel dans l'art de la calligraphie arabe.

En 1919, il épousa Wasila, fille de Suleiman Faraj, qui partageait sa piété, sa dévotion et sa modestie, et qui possédait un goût artistique raffiné. Le couple eut deux fils : Saeed et Sami (l'une des personnalités culturelles, académiques et unitariennes les plus importantes).

Le cheikh Nassib Makarem

En 1921, le cheikh Nassib établit un bureau sur la place des Martyrs, puis en ouvrit un second au souk Ayas, avant de s'installer dans un troisième bureau rue de l'Exposition, où il resta 44 ans, pratiquant la calligraphie et étant consulté en tant qu'expert technique en écritures auprès des tribunaux.

En plus de ses travaux de calligraphie, le cheikh Nassib a enseigné l'art de la calligraphie arabe et de la gravure au Lycée français et à l'Université américaine. Il a également enseigné au Collège juridique islamique, à l'école des Trois Lunes, au Collège libanais de Souk El Gharb et à l'Université nationale d'Aley.

Le cheikh Nassib Makarem

Ce flux incessant de générosité a épuisé le vénérable cheikh. Il a fini par fléchir sous le poids d'un travail harassant et a été atteint d'une maladie cardiaque qui l'a contraint à quitter son bureau à Beyrouth et les écoles où il enseignait. Il s'est retiré dans sa maison à Aitat, se consacrant à son Seigneur et à la glorification de la beauté. Sa maison est devenue un lieu de pèlerinage pour les amateurs d'art et les admirateurs de la vertu et de la noblesse de caractère.

À Aitat, les lignes ont commencé à se déverser, glorifiant Dieu dans chaque lettre et chaque couleur. La plupart de ses écrits de cette période étaient réalisés à l'or sur verre, si bien qu'il nomma sa maison le “Musée d'or”.

En 1968, deux moines antonins, le père Georges Rahme et le père Antoine Daou, rendirent visite au cheikh Nassib à Aitat. Émerveillés par la beauté créée par ses doigts, ils lui suggérèrent d'organiser une exposition à l'Institut Antonin de Baabda. Il déclina d'abord, par aversion pour tout artifice et toute lumière mondaine. Cependant, les deux moines insistèrent. Le cheikh, alors âgé de quatre-vingts ans, commença à se préparer pour cet événement unique dans sa vie, travaillant tout en supportant la faiblesse des nerfs de sa main droite et le tremblement de sa poigne sur le calame. Chaque fois que ses douleurs augmentaient, il les traitait par la prière et la méditation. Quand sa main droite faiblissait, il l'aidait de la gauche, et quand la gauche se fatiguait, il la reposait un peu sur la table.

Le cheikh Nassib Makarem

L'inauguration solennelle de l'exposition du cheikh Nassib eut lieu le samedi 29 mai 1971, sous le patronage du Président de la République Suleiman Frangié, représenté par le ministre de l'Éducation de l'époque, le Dr Najib Abou Haidar. Il fut regrettable que, ce jour-là, les mille cinq cents visiteurs venus à l'inauguration furent privés de serrer la main du génial artiste, car il était alité chez lui. Le représentant du Président de la République dut se rendre chez lui dans un cortège officiel pour lui remettre la médaille de l'Ordre du Cèdre au grade d'officier.

Le samedi suivant, exactement une semaine après l'ouverture de l'exposition et la remise de la médaille, alors que les visiteurs affluaient à l'Institut Antonin de Baabda, admiratifs et étonnés, des dizaines d'autres personnes à Aitat marchaient, tristes et en larmes, derrière le cercueil du cheikh Nassib Makarem.

Outre la beauté et la splendeur de ses lignes, et l'invention d'une nouvelle typographie portant son nom, le cheikh Nassib Makarem était célèbre pour ses écritures microscopiques. Parmi celles-ci : sur un œuf en marbre de la taille d'un œuf de poule, il a dessiné la carte de l'Empire ottoman et ses principales villes avec un texte de dix mille mots, le tout en une seule ligne en spirale, pour laquelle il a utilisé 990 plumes et sur laquelle il a travaillé pendant deux années entières. Sur un grain de blé, il a écrit au président de la Croix-Rouge américaine une lettre de 101 mots. Sur un grain de blé, il a écrit au roi Fayçal ben Hussein une lettre de 110 mots, ce qui incita Fayçal à le nommer son calligraphe honoraire et à lui offrir une tenue royale complète. Sur le chaton d'une bague, il a dessiné la carte de l'Irak et trois vers de poésie à la gloire de Fayçal, qu'il lui a offerts à l'occasion de son couronnement comme roi d'Irak.

Le cheikh Nassib a également excellé sur le chaton d'une bague offerte au roi Abdelaziz Al Saoud à l'occasion de la fondation du Royaume d'Arabie saoudite, en gravant la date de son accession au trône du Hedjaz en cinq vers de poésie. Sur le chaton d'une bague en or, il a gravé l'hymne égyptien écrit par Ahmed Shawqi, composé de seize vers totalisant 157 mots. Cette bague fut exposée lors de la première Exposition arabe à Jérusalem. Sur un grain de riz, il a écrit la sourate Al-Fatiha, Al-Ikhlas, Al-Falaq et Al-Nas, pour un total de 110 mots. Sur un grain de riz, il a gravé le discours d'Abou Bakr al-Siddiq prononcé lors de son accession au califat, ainsi que bien d'autres créations minutieuses.

Le cheikh Nassib Makarem

Au cours de sa vie, le cheikh Nassib Makarem a reçu de nombreux prix et certificats de reconnaissance dans plusieurs capitales arabes, dont la médaille d'or de l'“Exposition nationale arabe” de Jérusalem en 1924.

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