Un document officiel français provenant des archives de l'Armée du Levant à Paris (bulletin d'information n° 77) relate le récit de l'officier de la 12e compagnie du régiment de Spahis, le Maréchal-des-Logis DECARRE, sur les détails de ce qu'il a vécu durant la bataille d'Al-Kafr, survenue le 21 juillet 1925 à 14h30.

Les détails envoyés par l'officier Decarre à 18h30 le lendemain de la bataille indiquent : un camp a été établi sur un terrain au pied de la colline, au sud-est du village, par un détachement de Spahis composé de la section Carrier et de la section Tétiat, dirigée par l'officier Poubillier.

Après le déjeuner, la police druze nous a avertis d'une attaque imminente !

Nous avons mis tout le monde en position et, 10 minutes plus tard, l'ennemi est arrivé ; c'étaient des fantassins qui avançaient par bonds individuels ! Il y avait peut-être entre 20 et 25 hommes devant nous, et 15 cavaliers galopaient vers le sud ! L'ennemi a commencé à tirer depuis l'angle nord-ouest !

La troupe syrienne a immédiatement riposté avec des mitrailleuses et des fusils.

J'estime que l'ennemi comptait au moins 300 hommes.

Le commandant Poubillier a été touché à l'abdomen et j'ai pris le commandement !

Après une demi-heure, l'ennemi s'est infiltré parmi les pierres et s'est caché dans les arbres. Soudain, vingt Druzes ont bondi depuis l'angle nord-ouest par-dessus le mur qui nous protégeait au nord, à 50 mètres sur ma gauche.

La troupe syrienne a dû battre en retraite pour ne pas être séparée du reste du camp, et j'ai dû me replier vers l'ouest.

J'ai vu le Dr De Verbizier tomber blessé à ce moment-là !

Nous nous sommes regroupés à environ 100 mètres au sud-ouest du camp sur la colline ; le commandant Norman a été blessé à la cuisse droite, tout comme le lieutenant Carrier qui a été touché au pied.

La bataille a duré environ 20 minutes à cet endroit, mais nous avons dû reculer à nouveau.

Le capitaine Maillet a été capturé et le capitaine Norman m'a ordonné d'arrêter la fuite des hommes et m'a envoyé derrière eux ; j'ai tiré sur l'un d'eux qui n'obéissait pas aux ordres.

Les cavaliers ennemis nous encerclaient toujours et leurs fantassins nous poursuivaient, puis nos hommes se sont effondrés.

Le lieutenant Carrier ne pouvait plus avancer, et je me suis retrouvé sous le feu de 4 hommes ; j'ai dû m'arrêter et faire le mort. De jeunes Druzes armés de poignards m'ont secoué deux ou trois fois, mais j'ai survécu.

À la tombée de la nuit, j'ai marché lentement, pieds nus, parmi les pierres. J'ai trouvé 5 ou 6 cadavres devant moi, puis un berger m'a prêté un âne jusqu'à ce que j'atteigne le village d'Al-Raha, où j'ai passé la nuit chez le moukhtar.

Après notre dispersion, l'ennemi a pris le contrôle du camp. Un avion a survolé les lieux, mais les Druzes lui ont tiré dessus ».

Dans un document envoyé le 23/07/1925, un premier bilan des pertes françaises a été établi comme suit :

7 officiers portés disparus

101 hommes portés disparus

Sur un effectif total de 166 combattants et 7 officiers présents au camp d'Al-Kafr.

Quant aux blessés, la majorité de ceux qui ont survécu au camp ont été touchés, et plusieurs sont décédés des suites de leurs blessures quelques jours plus tard.

Les pertes en armement étaient les suivantes :

40 fusils Mousqueton

41 baïonnettes

51 sabres de cavalerie

2 mitrailleuses

4 fusils automatiques

4 revolvers

6 grenades à main.

Quant aux pertes druzes lors de la bataille, selon les mémoires de Sultan Pacha, 54 personnes sont tombées en martyrs et des dizaines ont été blessées ou ont subi des infirmités permanentes.

Sultan Pacha Al-Atrach a estimé le nombre de combattants à environ 500 moudjahidines.

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