Fatima Abdullah écrit dans le journal “Asharq Al-Awsat”1. :
Ceux qui entreprennent un voyage vers Mazraat El Chouf au cœur de la nature libanaise ont été prévenus que le temps serait instable, et que les nuages pourraient s'allier à quelques gouttes de pluie pour masquer le soleil qui embellit les excursions et rafraîchit l'air. Mais la destination a été fixée malgré les aléas météorologiques, en partant de Beyrouth vers l'immense verdure.
Les régions du Chouf sont multiples, entre la côte, le Haut-Chouf, l'Iqlim al-Kharroub, Deir al-Qamar... et d'autres ; parmi elles se trouve ce qu'on appelle le « Chouf al-Souayjani », où Mazraat El Chouf est située, dans l'un de ses derniers villages baignés par la grâce de la nature.

Les vestiges ajoutent une majesté à Mazraat El Chouf qui enrichit sa beauté ; parmi eux, des monuments égyptiens vieux d'environ 3 000 ans. Dans les terres de la ville surplombant Marj Bisri, les oliveraies abondent. Certaines sont alignées les unes à côté des autres comme dans un instant de rencontre suprême.
Mazraat El Chouf est connue pour abriter certains des plus vieux oliviers du Liban. Ces grains verts, mentionnés dans le Saint Coran, rivalisent en ancienneté avec ceux des villages de Kawkaba et Deir Mimas au Sud, et Bchaaleh au Nord du Liban. Le tronc est immense, et si vous souhaitez l'enlacer, vous n'y parviendrez pas. Il faut plus de deux bras ouverts pour réussir à l'encercler complètement.
Au-dessus d'un canal d'eau entouré d'arbres dont les feuilles battent à un rythme accéléré sous l'effet d'un air qui refuse de dire adieu à l'hiver, se dresse un petit pont ancien dont la pierre confirme la profondeur de la relation avec le temps. Cela se passe avant d'atteindre ce qu'on appelle le « Rocher d'Imad ». À l'origine, il était nommé « Rocher de l'abeille », mais l'un des habitants de Mazraat El Chouf, nommé Imad al-Baayini, y a vécu dans une tente pendant 17 ans, totalement coupé du contact avec les autres. Le guide de cette excursion touristique raconte qu'il a passé sa vie à cultiver, récolter et approfondir sa connexion avec la terre loin des humains, si bien que son lieu de résidence est devenu connu sous le nom de « Rocher d'Imad », en hommage à son parcours et à son mode de vie ascétique.
Le rocher est le plus haut du Liban. Se tenir dessus, ou à côté, signifie que l'on peut contempler une vallée immergée dans un espace vert merveilleux d'une profondeur allant de 400 à 500 mètres. Cette beauté naturelle donne sur un autre site qui partage la même splendeur : le Marj Bisri. Pour celui qui se tient sur le « Rocher d'Imad », il semble être une merveille de la création. Le reflet des nuages changeants, entre le blanc et le gris, sur le vert qui domine totalement la scène, offre aux yeux un moment de repos mêlé d'émerveillement.
Le Marj Bisri apparaît large et étendu depuis un second site, « Mazraat al-Dahr ». Ce marj est la plus grande plaine agricole de la chaîne de montagnes du Mont-Liban, tandis que la plaine de Damour occupe la première place en tant que plus grande plaine agricole côtière. Les capacités agricoles du Marj sont nombreuses, comme l'indiquent clairement les vastes plaines à perte de vue. Le Marj Bisri est l'une des zones les plus importantes pour la culture des fraises, des avocats et des fèves sur le territoire libanais, en plus des citrons et de diverses variétés de fruits et légumes.
Des millions d'oiseaux migrateurs traversent le ciel libanais entre les saisons chaque année, et certains sont tués sans honte. Malgré la persistance de ce crime, la fragilité des lois dissuasives et l'obligation de les appliquer, et surtout l'absence de poursuites contre ceux qui pointent leurs fusils vers ces nuées, le Liban reste considéré comme l'un des plus importants corridors migratoires d'oiseaux au monde. Le Marj Bisri est la deuxième station de repos la plus importante pour ces volées après la région d'Aammiq dans la Békaa occidentale.
Le Marj est également connu pour attirer les mouettes, ainsi que pour son immense superficie forestière et plus de 50 sites archéologiques, dont d'anciens monastères, églises, ponts et temples romains et phéniciens.
Tout au long du chemin, en passant par la région de Baaqline, qui abandonne peu à peu son caractère villageois pour ressembler davantage à la densité urbaine, située après le palais historique de Beiteddine, on aperçoit la réserve des cèdres du Chouf. C'est la plus grande réserve du Liban ; elle comprend des forêts de cèdres, dont ceux du Barouk et ceux de Maasser El Chouf, et s'étend jusqu'aux régions du caza de Jezzine.

Ensuite, le célèbre palais de Moukhtara apparaît au nord. Un petit village qui abrite un grand palais occupant une place élevée parmi les maisons basses. Une série de villages dont la vallée constitue le point de départ à une altitude comprise entre 300 et 400 mètres, s'élevant jusqu'à une altitude comprise entre 700 et 800 mètres. Passer par le village de Kahlouniye est la dernière étape avant d'atteindre Mazraat El Chouf, perchée à environ 900 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Son nom est une réduction du nombre de nombreuses fermes qu'elle contient ; les plus importantes étant celles d'oliviers. Son altitude est magnifique et son panorama charmant donne sur le mont Barouk et Maasser El Chouf, tandis que le Marj Bisri repose à ses pieds. Contrairement à Baaqline, qui tend vers l'urbanisation, Mazraat El Chouf conserve encore le caractère du village libanais. C'est l'un des villages célèbres pour le savon « artisanal » fabriqué à partir d'huile d'olive.
Un escalier romain apparaît, dont on dit que le Christ l'a emprunté sur son chemin de Sidon vers les Décapoles ; tandis que le Marj Bisri ressemble à la lettre « Y », où une rivière prend sa source sur les deux côtés de sa vallée depuis deux sources : Jezzine et le Barouk. Tout cela se produit, alors que les plaines d'oliviers se vantent de l'ancienneté de leurs arbres à mesure que l'on s'en approche, et que les tilleuls bordent la route, jusqu'à la forêt de pins dans la région de Ghraifé, qui est la plus grande forêt de pins sauvages au Moyen-Orient. C'est le caractère unique de la traversée des forêts.
« Bisri » signifie en araméen « voisine de la lune » ; en son sein repose l'église miraculeuse de « Notre-Dame de Bisri », la deuxième plus ancienne église toujours en activité au Liban. La beauté de la verdure y est incomparable.






