Le document de Majdal al-Shour, conclu en avril 1888, est considéré comme l'un des documents les plus importants de l'histoire du Djebel el-Druze, qui a déclenché ce que l'on appelle la « Révolution populaire ».
En avril 1888, les paysans d'Arman, Malah, Imtan et Al-Hawiya ont lancé un appel à une réunion devant se tenir dans les ruines de Majdal, situées au milieu des trois villages (Malah, Arman, Imtan), dans le but de se consulter sur le sort des paysans et la tyrannie des cheikhs liés aux Ottomans. Depuis lors, cet endroit a été appelé « Majdal al-Shour » (La tour de la consultation).
Un certain nombre de paysans ont assisté à la réunion de Majdal, où ils ont discuté de la situation de la montagne, des raisons de cette rencontre et des mesures paysannes nécessaires pour changer cette situation. En conclusion, les participants ont formulé leurs revendications dans le document ou la déclaration datée du 15 Chaaban 1306, correspondant à avril 1888.

Voici le texte intégral de la déclaration ainsi qu'une explication écrite de son contenu, reproduite mot pour mot :
« Louange à Dieu seul.
La raison de cette rédaction réside dans les calomnies, l'avidité et les agressions exercées contre nous par nos cheikhs, et du fait qu'ils ont délibérément cherché à nous persécuter et à nous expulser de nos localités et de tout le district sans aucune agression de notre part, leur but étant de nous monter les uns contre les autres.
Puisque nous avons bâti les villages, que nous y avons habité, que nous avons subi des pertes considérables en y travaillant depuis trente ans avec les plus grandes difficultés, tout en restant soumis aux ordres de nos cheikhs, répondant à tout ce qui les satisfait et versant les impôts à la trésorerie impériale, en veillant à l'amélioration de l'ordre (le système) ainsi qu'à l'honneur et à la dignité en toutes circonstances. Puisque nous nous offrons et risquons nos âmes et versons notre sang pour défendre l'honneur devant nos cheikhs, et qu'en dépit de cette conduite, nous avons trouvé nos marchandises dépréciées et n'avons récolté de leur part qu'un manque d'équité ; c'est pourquoi nous avons pris notre décision et nos opinions se sont rejointes, nous, soussignés, afin d'être solidaires et de nous entraider pour mettre fin aux agressions contre nous, en préservant nos intérêts, en faisant respecter les droits et en rectifiant le système avec la plus grande détermination.
Et si une agression nous frappe, telle qu'un départ forcé ou un changement de conditions qui nuirait à nos édifices, toucherait à nos intérêts vitaux ou à notre honneur, nous nous lèverons d'une seule main, avec une seule volonté et un seul bloc, sans qu'aucun de nous ne se rétracte.
Sur cette parole, Dieu et le prophète Shuaib sont témoins, et celui qui ne soutient pas ses pairs des quatre villages ayant signé ce procès-verbal sera considéré comme un renégat envers Dieu et Ses prophètes, ne trouvera aucune intercession au jour du Jugement dernier, et sur lui pèsera la malédiction de la terre au ciel ; sa tête sera dépourvue d'honneur, de dignité et de fierté, il n'aura aucune place parmi les gens respectables ni aucune élévation vers le ciel, sa dignité étant plus précieuse que tout autre chose. Celui qui change ou s'écarte du chemin de ses pairs sera soumis à la justice de Dieu et des hommes pour toutes ces conditions humiliantes et chargées de préoccupations.
Et puisque nous avons tous convenu de cela, nous acceptons, comme acceptent ceux qui s'engagent librement et sans aucune contrainte, et nous nous sommes engagés à respecter le contenu de ce document avec acceptation, nous nous sommes liés à l'exécution de ses termes par une obligation légale.
Pour déclaration, rédigé le 15 Chaaban 1306, correspondant à avril 1888.
Hussein Saimou'a, Qasim Ghazala, Khalil Kiwan, Ismail Al-Atwani, Abu Hussein Kiwan, Hamad Al-Zagheer, Najm Al-Atwani, Hussein Tarbiyeh, Youssef Al-Safadi, Asaad Azmi, Hamad Kiwan, Qasim Al-Hamoud Na'im, Zain al-Din Rashid, Hamad Al-Najm Jarbou', Ismail Al-Dibs, Ibrahim Al-Jarmaqani, Ismail Al-Shuraiti, Mohammed Al-Atwani, Qasim Al-Halabi, Youssef Al-Halabi, Mansour Al-Da'bal, Sayyah Abu Hamid, Mohammed Abu Dahn, Hussein Azmi, Ali Rizq, Rustum Masoud, Suleiman Al-Qantar, Mohammed Jaber, Hussein Badawi, Hamad Saimou'a, Youssef Al-Jaghami, Abu Hamad Al-Qadi, Mahmoud Mundhir, Hazima Na'im, Ahmed Mundhir, Hamad Al-Salim, Hussein Al-Shamandi, Othman Abu Ras, Mohammed Mala'eb, Hamad Kiwan, Murad Imad, Mohammed Al-Aisami, Hussein Najd, Jabr Al-Jamal, Qasim Abu Saeed, Khattar Al-Ahmed, Bashir Kiwan, Mohammed Na'man, Ali Rafe', Ali Rashid, Mohammed Al-Sha'ar, Faris Al-Dabisi, Youssef Al-Aisami, Faris Abu Qansuwa, Amin Al-Aisami, Salman Al-Aisami, Mahmoud Jaber, Fahd Al-Halabi, Suleiman Abu Harmoush, Faris Al-Sha'ir, Ali Saeed, Fahd Abu 'Asi, Youssef Judia, Ismail Al-Kridi, Hamad Zain al-Din, Mohammed Abu Ghawi, Hussein Al-Sha'ir, Youssef Abu Maghdeb, Hussein Da'ibis, Mahmoud Abu Maghdeb, 'Ajjaj Abu Maghdeb, Ali Abu Maghdeb, Abu Youssef Al-Khatib, Qasim Aziz, Amer Al-Safadi, Hamad Qutrub.
La Révolution populaire a fait des centaines de victimes, mais elle a abouti à un accord réduisant la part de propriété des cheikhs des villages (les féodaux) d'un quart des terres à un huitième.
Il est à noter que le document de Majdal al-Shour a été déposé à l'époque chez le cheikh Abu Ahmed Qasim Abu Saeed dans le village d'Al-Hawiya, puis chez son fils, le cheikh Abu Hamoud Salman Abu Saeed, et il se trouve actuellement chez son petit-fils Jamil Abu Saeed, l'ancien Moukhtar d'Al-Hawiya.






