Ajaj Youssef Nuwayhed

Un militant libanais à l'approche panarabe,

dont le terrain d'action fut la Syrie, la Palestine, la Jordanie et enfin le Liban...

Né dans la ville de Ras el-Matn, au Mont-Liban, en 1896.

Il a reçu son éducation primaire dans l'école de sa ville natale, puis a poursuivi ses études à l'école anglaise "Friends" de Brummana. Lorsque l'école a fermé ses portes en 1914 en raison de la Première Guerre mondiale, il s'est transféré à l'école de Souq el-Gharb où il a terminé son cursus. Lorsque la Grande Révolte arabe a éclaté en 1918 et que le gouvernement de Damas a été proclamé sous la présidence du roi Fayçal ben Hussein, le jeune Ajaj faisait partie des patriotes qui ont rejoint le roi hachémite à Damas pour bâtir le nouvel État arabe.

Il a travaillé dans l'enseignement à Damas, où le génie Hassan Kamel al-Sabah fut son collègue, et a également travaillé au département du ravitaillement.

Poussé par ses intérêts littéraires et médiatiques, il a participé avec le savant Abdallah al-Najjar à la publication de la revue "Al-Qalam".

Lorsque la France a occupé la Syrie en 1920, il s'est rendu en Palestine et a travaillé pendant environ deux ans au ministère des Finances du gouvernement palestinien, puis s'est consacré à la traduction du livre "Le présent du monde islamique" de l'auteur américain Lothrop Stoddard. Il est ensuite devenu secrétaire du Conseil islamique suprême présidé par le Hadj Amin al-Husseini,

puis assistant de l'inspecteur des tribunaux charaïques en Palestine. Il a rejoint l'Institut de droit et en est sorti diplômé en 1924, écrivant de nombreux articles et donnant de nombreuses conférences, dont certaines ont été recueillies par Muhieddine al-Khatib dans son livre "L'Exil".

En 1925, il a accueilli en Palestine le leader combattant Rashid Tali' et a travaillé en coopération avec lui et le Hadj Amin al-Husseini à la formation d'un comité national pour soutenir la Grande Révolte syrienne avec de l'argent, des armes, des munitions et des médicaments, sous la direction de Sultan Pacha al-Atrash. Ce comité a été baptisé "Comité central pour le secours des sinistrés de Syrie", avant que Rashid Tali' ne se déplace en secret à travers la Jordanie, loin des regards des Anglais avec qui il était en désaccord lorsqu'il était Premier ministre dans l'Émirat d'Abdallah ben Hussein.

Le 27 août 1932, Ajaj a fondé la revue "Al-Arab" à Jérusalem, qui devint l'organe du Parti de l'Indépendance (Istiqlal) fondé cette année-là, dont il fut l'un des membres fondateurs.

En 1935, il a ouvert un cabinet d'avocats à Jérusalem.

En 1936, il est devenu secrétaire de la délégation palestinienne présidée par le Hadj Amin al-Husseini au Congrès islamique de La Mecque. Là-bas, pendant la tenue du congrès, il a assuré la traduction pour la délégation indienne du Califat présidée par Mawlana Shaukat Ali et son frère Mawlana Muhammad Ali. En 1939, il a été arrêté à la suite de la Grande grève arabe et envoyé à Jéricho, puis transféré au centre de détention de Sarafand près de Ramla.

En 1940, il a été chargé de surveiller la section arabe de la radio palestinienne, mais il a refusé sauf à des conditions précises, acceptées par le gouvernement, et il a assumé cette mission pendant quatre ans.

Il est ensuite retourné à la pratique du droit en 1944 jusqu'à ce que la Nakba de Palestine survienne en 1948. Il est alors parti à Amman où il a été nommé assistant du chef du Cabinet royal hachémite en 1949-1950, puis directeur de la radio jordanienne (1950-1951), puis directeur général des publications et de l'édition (1951-1952). Il travaillait en même temps comme correspondant du journal cairote "Al-Ahram" en Jordanie. En 1959, il est retourné au Liban pour s'installer dans sa ville natale, Ras el-Matn, dont sa maison devint un lieu de pèlerinage pour les hommes de science, de lettres et de politique. Il s'est consacré à l'écriture et à la traduction jusqu'à son décès le 25 juin 1982, et fut enterré à Ras el-Matn.

Ajaj Nuwayhed a laissé une série d'ouvrages, d'articles, de séminaires et de conférences, dont ont été publiés : "Le présent du monde islamique" (traduction, préfacé par l'émir Shakib Arslan), "Le Système politique" (traduction), "L'Irak ou le nouvel État" (traduction), "L'hypocrisie des Juifs" (traduction), "Les Protocoles des Sages de Sion" (traduction), "Abu Ja'far al-Mansour", "Hommes de Palestine", "La conquête de Jérusalem", "Al-Tanukhi".

Parmi ses œuvres non publiées : "Histoire du mouvement arabe" (commencée à Amman en 1949), "Biographie de l'émir Shakib Arslan", un livre incluant les biographies de plusieurs figures de la pensée et de la politique dans les mondes arabe et islamique, un recueil d'articles publiés dans la presse arabe, des conférences sur l'histoire et la politique, un recueil de poèmes patriotiques et d'hymnes, et enfin ses mémoires.

L'ultime empreinte d'Ajaj Nuwayhed

Donner le nom de "Jabal al-Arab" au "Jabal al-Druze" :

À la page 76 de ses mémoires, il dit :

Le mont Hauran en Syrie, bastion de la révolution, était appelé dans le langage courant "Jabal al-Druze" (la montagne des Druzes), et je ne suis pas d'accord avec cette appellation.

Je dis : "les Unitaires" (Al-Muwahhidun) ou "Banu Ma'ruf" et non "Druzes". Une occasion importante s'est présentée où j'ai pu mettre fin à cette appellation, le remplaçant par : Jabal al-Arab (la montagne des Arabes).

Un festival en l'honneur de Sultan Pacha al-Atrash, ses hommes et ses frères a été organisé dans la ville d'Amman en 1937, à l'occasion de la reconnaissance par la France de l'indépendance de la Syrie et du Liban, et du retour de Sultan Pacha et des révolutionnaires en Syrie. Des délégations d'Irak, de Syrie, du Liban et de Palestine ont assisté à ce festival. Quand vint mon tour de prendre la parole, je me suis adressé à Sultan Pacha al-Atrash sur la place du cinéma Petra, où des milliers de personnes s'étaient rassemblées pour le saluer ainsi que les révolutionnaires, et où pas moins de vingt grands combattants l'entouraient. Après l'avoir salué, honoré et remercié pour son combat et celui de ses frères, je lui ai dit :

"Cette épée que vous avez dégainée pour la Syrie est aujourd'hui appelée à être dégainée dans la région d'Alexandrette, car le pays des Arabes est un tout qui ne doit pas être cédé bouchée par bouchée aux Juifs et aux étrangers.

C'est pourquoi le symbole du jihad arabe indépendant, héréditaire chez vous et chez vos nobles clans, les Banu Ma'ruf, fait que la montagne que l'on appelle Jabal al-Druze est devenue, grâce à votre jihad et à celui de vos frères, Jabal al-Arab..."

À peine eus-je prononcé ces mots que le lieu retentit d'applaudissements et d'acclamations pour le nom de Jabal al-Arab donné au mont Hauran. Ce que j'ai fait remarquer aux gens à ce moment-là, c'est que Sultan Pacha lui-même fut le premier à approuver et soutenir... Le festival s'est conclu avec l'appellation Jabal al-Arab. Le chef de la délégation syrienne, Fakhri al-Baroudi, a télégraphié au journal égyptien "Al-Muqattam" pour informer que le festival en l'honneur de Sultan Pacha et ses frères à Amman avait aujourd'hui consacré le nom de Jabal al-Arab au lieu de Jabal al-Druze. Les journaux arabes de la patrie et de la diaspora ont commencé à utiliser la nouvelle appellation jusqu'à ce qu'elle devienne courante. Cette appellation est née en portant un esprit de lutte et de jihad, car les Arabes, comme l'a dit le roi Fayçal ben Hussein, sont des Arabes avant l'avènement de Jésus et du christianisme, et de Mahomet et de l'islam...

Ibrahim al-Aql, Recherches en société et histoire