Dans la mémoire des nations demeurent gravées les épopées de héros qui ont forgé, par leur sang et leurs actes, des pages de gloire que le temps ne saurait effacer. Au premier rang de ces figures immortelles brille le nom du héros martyr Souleiman Al-Oqbani ; ce cavalier qui alliait la pureté des mains du paysan, la générosité noble et le courage d'un vaillant guerrier dont les coups d'épée ont stupéfié les armées les plus puissantes. L'histoire d'Al-Oqbani n'était pas seulement celle d'un insurgé prenant les armes, mais l'incarnation vivante de la bravoure et d'une volonté inébranlable comme le chêne de la montagne, faisant de son héroïsme lors de la bataille d'« Al-Mazraa » en 1925 un haut fait historique dont on s'enorgueillit avec fierté.
Souleiman Al-Oqbani avait quarante-cinq ans lorsque fut proclamée la Grande Révolution syrienne en 1925. Il vivait du labour et de la culture de sa terre, et dépensait sans compter pour ses hôtes et ses visiteurs. Ses qualités, sa morale et son parcours de vie étaient exceptionnels, marqués au premier chef par la générosité et le don de soi, outre la chevalerie, le courage, la bravoure et la noblesse d'âme.
Lorsque éclata la bataille d'Al-Mazraa le 1er août 1925 — considérée comme l'une des plus grandes batailles de la Grande Révolution syrienne contre le colonisateur français sous la conduite de Sultan Pacha Al-Atrach —, de violents combats s'engagèrent entre les moudjahidines et l'armée coloniale. Les insurgés y mirent en déroute la colonne du général français « Michaud », lourdement armée et équipée. Les révolutionnaires remportèrent la victoire sur le colonisateur avec des armes individuelles, des sabres, des bâtons et des haches, portés par la foi, une volonté d'acier, et une audace et une bravoure sans pareilles sous les étendards de la gloire. Certains renversèrent des chars sur les bas-côtés des routes pour en récupérer les armes, d'autres obstruèrent les gueules des canons avec leurs turbans, et la terre d'Al-Mazraa fut le théâtre d'actes d'héroïsme extraordinaires, parmi les plus éclatants de l'histoire de la lutte arabe.
Le docteur Abdul Rahman Shahbandar, porte-parole politique de la Grande Révolution syrienne, écrivit dans ses mémoires : « Il ne s'est pas produit de bataille semblable depuis celles rapportées par Al-Waqidi sur les conquêtes arabes. Parmi ceux qui se sont illustrés et surpassé leurs pairs dans cette épopée figure Souleiman Al-Oqbani, d'Al-Mazraa. Il s'isolait des combattants, brandissait son sabre et criait : 'Témoignez, témoignez... Lisez, lisez !', puis il chargeait les colonisateurs et frappait l'un d'eux de son sabre, un coup qui, bien souvent, lui tranchait le cou ou le coupait en deux », tuant ainsi dix-huit soldats.

Au cours de cette célèbre bataille, la France emporta les dépouilles de plusieurs soldats français tombés sous les coups du héros Souleiman Al-Oqbani, afin d'étudier en France la force de ce coup d'épée qui fendait le soldat français en deux. La France pensait initialement que les rebelles disposaient d'une arme perfectionnée, avant d'apprendre plus tard que le célèbre bretteur Souleiman Al-Oqbani était l'auteur de ces coups redoutables.
Dans la dernière heure de ce jour de combat, alors qu'il poursuivait des soldats en fuite loin du champ de bataille, il fut touché par une balle perfide qui le faucha en martyr. En hommage à son héroïsme et à son martyre, un monument commémoratif a été érigé au-dessus de sa tombe dans son village natal d'Al-Mazraa, dressé comme un symbole éternel de courage. Comme l'a écrit le poète Salameh Obeid dans son ouvrage La Révolution syrienne : « La victoire d'Al-Mazraa fut la plus marquante victoire militaire de l'histoire moderne de la Syrie. Aucun jour ne mérite davantage fierté et immortalité que le jour d'Al-Mazraa, et aucun désastre n'a autant troublé le sommeil du colonialisme que cette défaite-là. »